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  <title>Jean Jaurès ... Online</title>
  <description><![CDATA[Le Blog de la Section PS de Normale Sup']]></description>
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  <dc:date>2008-07-16T16:36:29+00:00</dc:date>
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<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/07/16/162-c-est-pas-boire-qu-il-nous-faut">
  <title>C'est pas boire qu'il nous faut ?</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/07/16/162-c-est-pas-boire-qu-il-nous-faut</link>
  <dc:date>2008-07-16T16:36:29+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Florent Buisson</dc:creator>
  <dc:subject>General</dc:subject>
  <description>Mme la Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, souhaite interdire la vente d'alcool aux mineurs (actuellement, il est possible d'en acheter à partir de 16 ans), supprimer les open bars dans les soirées étudiantes, et prendre un certain nombre d'autres mesures destinées à lutter contre la consommation excessive d'alcool chez les jeunes. Fort bien.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p>Mme la Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, souhaite interdire la vente d'alcool aux mineurs (actuellement, il est possible d'en acheter à partir de 16 ans), supprimer les open bars dans les soirées étudiantes, et prendre un certain nombre d'autres mesures destinées à lutter contre la consommation excessive d'alcool chez les jeunes. Fort bien.</p> <p>En tant que buveur invétéré de jus de tomate (avec un peu de paprika, svp), je ne puis que me réjouir en général des mesures prises pour l'amélioration de la santé publique. Mais il y a quand même deux ou trois choses qui me dérangent dans ce projet. <br /></p>


<p>Passons sur le fait que la pratique du "binge drinking" (boire le plus possible, le plus vite possible, dans le seul but d'être ivre), tant décriée par Mme Bachelot, nous vient de pays avec des législations draconiennes sur la question (l'Angleterre et les Etats-Unis en particulier)&nbsp;; les jeunes de ces pays sont d'une sobriété de chameau jusqu'à 17 ans et 364 jours (ou 20 ans.. etc, ne chipotons pas), puis se mettent à boire comme des trous. Passons également sur le fait que les politiques les plus réussies en Europe de lutte contre l'alcoolisme reposent sur une logique de prévention et d'information, associée à une consommation relativement précoce mais modérée (je pense en particulier à la Grèce). <br /></p>


<p>Non, ce qui me dérange, c'est la tournure outrageusement "anti-jeune" de ce programme. L'alcool est impliqué dans plus de la moitié des accidents de la route mortels et dans une part encore plus grande des violences contre les personnes (notamment les violences domestiques), ce qui en fait au passage une nuisance sociale bien plus grande que le cannabis par exemple&nbsp;; on pourrait donc penser que l'enjeu dépasse la consommation des adolescents et les soirées étudiantes. Mais de l'honnête père de famille qui abuse du bourbon, il ne sera pas question (on notera au passage que le père de famille, même un peu trop porté sur l'usage du ceinturon, ne saurait recevoir d'autre adjectif que "honnête", tandis que le jeune a souvent tendance à être "délinquant", ou au moins "de banlieue"). On ne parlera pas non plus des publicités pour le pastis et Johnnie Walker qui s'étalent dans le métro. Quant à envisager une taxation sur les produits alcoolisés comparable à celle que subit le tabac, n'y pensons même pas, ce serait porter atteinte à l'un des secteurs les plus prestigieux de notre économie nationale.<br /></p>


<p>Au fond, la logique est la même que dans le projet de service civique obligatoire&nbsp;: on part de l'observation d'un problème social général – ici l'alcoolisme, là la montée de l'individualisme et la déchirure du tissu social (dont on pourrait discuter, mais c'est un autre sujet) -, mais comme les politiques sociales de grande envergure coûtent cher et touchent toujours d'une façon ou d'une autre aux intérêts d'un groupe de pression ou de certains électeurs, on se restreint à la stigmatisation des jeunes qui n'ont pas de groupes de pression et ne votent pas (ou alors pour la LCR). De toute façon, on sait bien que si la société va mal, c'est de leur faute. Bande de petits cons. <br /></p>


<p>Bref, haro sur les ados. Et au passage, comme moi j'ai plus de dix-huit ans (et même plus de vingt-et-un, d'ailleurs), Gérard, la même chose&nbsp;! Et cette fois n'oublie pas le paprika&nbsp;!</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/07/08/160-retour-sur-l-affaire-betancourt">
  <title>Retour sur l'affaire Betancourt</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/07/08/160-retour-sur-l-affaire-betancourt</link>
  <dc:date>2008-07-08T20:52:57+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Romain Pigenel</dc:creator>
  <dc:subject>General</dc:subject>
  <description>L'émoi qui a accompagné la libération d'Ingrid Betancourt a permis de voir fonctionner avec une grande netteté un certain nombre de mécanismes de la sphère médiatique, et plus particulièrement de son rapport au politique. Évacuons d'emblée l'aspect strictement humanitaire et humain de la chose – une femme a été libérée après un long et douloureux emprisonnement, et l'on ne peut que s'en réjouir. Toute discussion à ce sujet est inutile. Mais l'écrasement de ce que l'on peut appeler l'affaire Betancourt sur cette seule dimension humaine est tout autant à proscrire ; la dimension symbolique, politique, médiatique de l'événement nous intéresse et mérite d'être discutée.


Paradoxe, tout d'abord : de cette histoire éminemment politique est donnée une lecture principalement émotionnelle, bien sûr, mais surtout éminemment apolitique.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="/Blog/images/ingridb.jpg" alt="ingrid" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" />L'émoi qui a accompagné la libération d'Ingrid Betancourt a permis de voir fonctionner avec une grande netteté un certain nombre de mécanismes de la sphère médiatique, et plus particulièrement de son rapport au politique. Évacuons d'emblée l'aspect strictement humanitaire et humain de la chose – une femme a été libérée après un long et douloureux emprisonnement, et l'on ne peut que s'en réjouir. Toute discussion à ce sujet est inutile. Mais l'écrasement de ce que l'on peut appeler l'affaire Betancourt sur cette seule dimension humaine est tout autant à proscrire&nbsp;; la dimension symbolique, politique, médiatique de l'événement nous intéresse et mérite d'être discutée.</p>


<p>Paradoxe, tout d'abord&nbsp;: de cette histoire éminemment politique est donnée une lecture principalement émotionnelle, bien sûr, mais surtout éminemment apolitique.</p> <p>Rappelons qu'<strong>Ingrid Betancourt</strong> est une sénatrice colombienne, enlevée par la guérilla marxiste locale dans le cadre de sa candidature à l'élection présidentielle de 2002. Le principal protagoniste du feuilleton de sa libération, le président de droite populiste <strong>Alvaro Uribe</strong>, est à la fois plébiscité par les Colombiens et suspecté de relations troubles avec les cartels de la drogue et les milices para-militaires d'extrême-droite. Le contexte explicatif est donc non seulement politique, mais aussi particulièrement complexe, et se prête moins que nulle part à une lecture manichéenne. C'est pourtant à une lecture plus invertébrée encore que se sont prêtés les médias, notamment la presse grand public ou non spécialisée telle que Elle ou Paris Match, en gommant purement et simplement toute approche un tant soit peu rationnelle de la libération de l'égérie de la place de l'Hôtel de Ville. Aucun sens, autre que strictement franco-français (victoire ou défaite pour <strong>Sarkozy</strong> ?), n'est donné à cet événement, ni au recul des FARC, et à ce qu'il pourrait signifier pour la politique locale. Il est vrai que dans cette histoire, il n'y a pas de clairs méchants, ni de gentils irréfutables. Alors plutôt que de rentrer dans la nuance, on préfère raconter à la place des histoires plus identifiables, et plus compréhensibles – ou jugées comme telles. En laissant suinter au passage, pour la forme, un anti-communisme primaire, via les descriptions complaisantes de ces guérilleros pouilleux, sordides, incultes et illettrés, cousins plus âgés des enfants soldats du Libéria, et soutenus par l'infâme <strong>Chavez</strong>.</p>



<p>C'est sur ce travestissement initial qu'est construit l'« objet » <strong>Betancourt</strong>, pour répondre aux besoins du moment et de la période. Nimbée de la dose d'exotisme estival de rigueur (la Colombie et la jungle), <strong>Ingrid Betancourt</strong>, parée de toutes les vertus (une « héroïne », dixit Elle), est forte d'une identité multiple, « métissée » (patronyme bien français, traits indiens, prénom sans origine assurée), globalisée. On lui promet sans attendre le prix Nobel de la paix. Elle alterne sur les photos treillis de GI Jane, lors de sa sortie de l'avion, et blancs atours christiques lors de son déjeuner multi-rediffusé avec <strong>Dominique De Villepin</strong>. On évoque les « humiliations » et « sévices » dont elle a été victime avec une hypocrisie de tartuffe, laissant planer l'insinuation du viol, et jouant sournoisement sur le fantasme de la bourgeoise malmenée. Invitée d'honneur du 14 juillet, photographiée, filmée, sans doute bientôt druckerisée et biographiée, <strong>Ingrid Betancourt</strong> ne s'appartient plus vraiment à elle-même (même si elle a fait preuve d'une grande habileté dans ses déclarations post-libération), étrange objet d'une fétichisation dont les fondements étaient depuis longtemps en place, mais qui explose désormais avec son retour sur le territoire national.</p>


<p>La saison et le moment sont sans doute tout sauf étrangers à cette mise en scène, au sens premier du terme. La période estivale, et les premières chaleurs, correspondent souvent à un moment de respiration de l'opinion, à un besoin de communion nationale et de consensus collectif, qui trouve pour s'exprimer les moyens et les voix qu'il peut. Le football et le sport peuvent assouvir ce besoin, comme en 1998 et 2006&nbsp;; 2008 donne lieu à un supplément d'âme, avec le vernis humanitaire et héroïque qu'apporte <strong>Ingrid Betancourt</strong>. Combinant attributs traditionnellement masculins (le courage physique, la résistance psychique) et féminins (son apparence soignée, son combat pour la paix), la sénatrice franco-colombienne est en fait très semblable aux héroïnes des grandes sagas télévisées de l'été, et remplit sans doute, à peu de choses près, la même case, et dans les grilles de programmation TV, et dans l'esprit des téléspectateurs.</p>


<p>Plusieurs leçons peuvent être tirées de ces constats. Tout d'abord, le recul inquiétant – mais qui n'a rien de nouveau – du registre critique chez les prescripteurs de l'opinion publique, chez ce qu'on pourrait encore appeler le complexe médiapolitique. Complexe qui obéit de plus en plus à des pulsions endogènes – comment créer des phénomènes d'opinion, comment ne pas être à la traîne sur les autres prescripteurs, comment être au premier rang de la saturation de l'actualité. Ensuite, l'écrasement de la nuance politique, ou même de la raison, sous le vernis fallacieux de l'évidence indiscutable – la violence avec laquelle ont été accueillies les déclarations, certes maladroites, de <strong>Ségolène Royal</strong> quant au faible rôle de la France dans la libération, témoigne de la force de cette gigantesque pulsion de consensus&nbsp;; consensus forcé qui, on en conviendra, est par essence l'ennemi de la démocratie. Mais enfin, et plus que tout, c'est l'effacement du sens de la mesure qui doit inquiéter les démocrates et partisans d'une sphère médiatique de qualité. Comment justifier l'importance surdimensionnée accordée à cet épisode, alors que d'autres actualités bien plus brûlantes, comme le contenu scandaleux de la Convention nationale de l'UMP de samedi (qui a tourné au concours d'injures contre l'opposition), ou le débat européen sur l'immigration, sont traitées par-dessus la jambe, ou sans l'éclairage et la surface nécessaires&nbsp;? Dans ce renversement de l'échelle des priorités se joue un peu la dépolitisation de l'espace public.</p>


<p>On aurait aimé entendre des responsables politiques ou médiatiques mettre le holà à cet emballement irrationnel. On aurait aimé entendre des journalistes sortir de leur anesthésie pour s'étonner que <strong>Nicolas Sarkozy</strong> soit prêt à accueillir des FARC en France dans le cadre d'une négociation pour la libération d'Ingrid Betancourt, alors que l'on expulse en même temps les activistes italiens <strong>Marina Petrella</strong> et <strong>Cesare Battisti</strong>. On se permettra juste d'émettre le vœu pieux, alors que la restructuration du service public audiovisuel est à l'ordre du jour, d'une information qui redevienne un vrai contre-pouvoir et le garde-fou de la démocratie, d'une information, d'une presse, qui cessent d'être un motif de honte et de dépit pour celle-ci.</p>


<p>Romain Pigenel</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/07/01/159-l-europe-un-non-sujet">
  <title>L'Europe : Un non-sujet ?</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/07/01/159-l-europe-un-non-sujet</link>
  <dc:date>2008-07-01T13:43:45+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Sébastien Leurent</dc:creator>
  <dc:subject>General</dc:subject>
  <description>L'information est peut-être passée inaperçue pour pas mal de gens, mais il parait que l'Irlande aurait voté non au traité de Lisbonne. J'étais alors en Pologne, avec d'autre étudiants/physiciens européens, et on ne peut vraiment pas dire que la question ait beaucoup fait parler (surtout comparé à l'euro de football). Il semble bien hélas que les européens portent désormais un regard étranger, voir passif sur l'Europe, comme résignés devant une évolution qui semble leur échapper. On entend dans toutes le bouches que l'Europe s'est coupée de ses citoyens, et le désintérêt pour les résultats référendaires le confirme à mes yeux, augurant d'un belle percée Besanceniste aux Européennes.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p>L'information est peut-être passée inaperçue pour pas mal de gens, mais il parait que l'Irlande aurait voté non au traité de Lisbonne. J'étais alors en Pologne, avec d'autre étudiants/physiciens européens, et on ne peut vraiment pas dire que la question ait beaucoup fait parler (surtout comparé à l'euro de football). Il semble bien hélas que les européens portent désormais un regard étranger, voir passif sur l'Europe, comme résignés devant une évolution qui semble leur échapper. On entend dans toutes le bouches que l'Europe s'est coupée de ses citoyens, et le désintérêt pour les résultats référendaires le confirme à mes yeux, augurant d'un belle percée Besanceniste aux Européennes.</p> <p>Les symptômes en sont nombreux, et les responsabilités partagées. Mais le problème essentiel est à mes yeux l'absence d'horizon, de projet bien identifié&nbsp;: la paix n'est plus en danger sur le vieux continent, et elle ne justifie plus la construction Européenne. Les objectifs de libre échange et de libre circulation atteints, l'Europe ne peut plus améliorer grandement nos économies sans contreparties. Les politiques communes mises en oeuvre (PAC, soutien à la culture et à la recherche) posent des problèmes de financement pouvant opposer les différents pays. Dès lors, nul ne sait quels chantiers l'Europe peut porter...</p>


<p>Aussi je m'interroge sur les remèdes à cette situation&nbsp;: faut-il enfin ressortir l'idée de plusieurs zones concentriques: une Europe politique (défense, SMIC, fiscalité), une autre purement marchande&nbsp;? En espérant que chacune soit plus cohérente que la zizanie actuelle où chaque traité a ses dérogataires (Schengen, Euro, PAC, Charte des droits fondamentaux)...</p>


<p>Faut-il se contenter du cadre actuel et se focaliser sur des projets industriels, espérant qu'ils redonnent goût à l'Europe&nbsp;?</p>


<p>Ou faut-il promouvoir des symboles (hymne, drapeau, et pourquoi pas des médias européens) pour générer un sentiment d'appartenance européen&nbsp;?</p>


<p>J'admets une certaine préférence pour la première réponse, considérant en tout cas que l'évolution institutionnelle ne doit pas être un passage en force du traité de Lisbonne, déni de démocratie qui ne ferait que dresser encore un peu plus les européens contre leurs dirigeants. Il me semble toutefois tout aussi fondamental de travailler à l'apparition d'un sentiment d'appartenance européen, enjeux dont on oublie souvent l'importance.</p>


<p>Quelles que soient les solutions retenues, le but est avant tout que les citoyens se saisissent enfin de la question Européenne, et on ne peut qu'espérer que la présidence française y contribue (malgré ses objectifs contestables&nbsp;: beaucoup sur les migrations et très peu sur le social).</p>


<p>Pour revenir au sujet initial, force est d'avouer que l'intérêt et l'implication des citoyens pour l'Europe ne seront pas aisé à susciter, mais ils sont indispensables pour que l'Europe reflète les attentes de ses habitants, dans son exercice des pouvoirs qui lui sont confiés. Un beau combat à mener pour juin 2009 ...</p>


<p>Sébastien Leurent</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/06/29/158-contribution-sur-l-immigration-chapitre-3-un-projet-socialiste-pour-l-immigration">
  <title>CONTRIBUTION SUR L'IMMIGRATION : chapitre 3 - Un projet socialiste pour l'immigration</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/06/29/158-contribution-sur-l-immigration-chapitre-3-un-projet-socialiste-pour-l-immigration</link>
  <dc:date>2008-06-29T22:15:52+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>jeanjaures.online</dc:creator>
  <dc:subject>Vie de la section PS ENS</dc:subject>
  <description>3.1.	Une philosophie générale de l'immigration


Les socialistes doivent résolument sortir de l'oscillation sans issue entre position répressive totale – "l'immigration zéro" ne peut, ni ne doit, devenir une réalité - et angélisme ignorant des réalités concrètes de l'immigration. La cohésion sociale, et la notion même d'État de droit, nous interdisent de prôner, en l'état actuel du monde, une disparition des frontières ou une régularisation automatique et immédiate de toute personne souhaitant résider en France. Pour autant, il est illogique et absurde de vouloir cadenasser l'entrée de notre territoire, alors même que nous soutenons la libre circulation des biens et des capitaux. Il faut reconnaître un droit à la circulation des personnes, ainsi qu'un droit corrélatif à vivre là où on le désire, si tant est que l'on respecte les critères d'entrée légaux définis par le pays d'accueil.


Cette conception générale est à la fois la transcription des valeurs internationalistes du Parti socialiste, et la reconnaissance de la réalité économique et sociale de l'immigration. Si elle est convenablement réglée, l'immigration profite aux pays émetteurs, par les transferts de richesse opérés en retour par les travailleurs émigrés et par l'élévation du niveau - et de l'effort - d'éducation produit par la motivation à émigrer : c'est ce que les économistes appellent l'effet "brain gain". Elle profite aussi aux pays d'accueil, par le gain en compétences, en capital intellectuel, et en main-d'œuvre dans les secteurs en tension.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><em>3.1.	Une philosophie générale de l'immigration</em></p>


<p>Les socialistes doivent résolument sortir de l'oscillation sans issue entre position répressive totale – "l'immigration zéro" ne peut, ni ne doit, devenir une réalité - et angélisme ignorant des réalités concrètes de l'immigration. La cohésion sociale, et la notion même d'État de droit, nous interdisent de prôner, en l'état actuel du monde, une disparition des frontières ou une régularisation automatique et immédiate de toute personne souhaitant résider en France. Pour autant, il est illogique et absurde de vouloir cadenasser l'entrée de notre territoire, alors même que nous soutenons la libre circulation des biens et des capitaux. Il faut reconnaître un droit à la circulation des personnes, ainsi qu'un droit corrélatif à vivre là où on le désire, si tant est que l'on respecte les critères d'entrée légaux définis par le pays d'accueil.</p>


<p>Cette conception générale est à la fois la transcription des valeurs internationalistes du Parti socialiste, et la reconnaissance de la réalité économique et sociale de l'immigration. Si elle est convenablement réglée, l'immigration profite aux pays émetteurs, par les transferts de richesse opérés en retour par les travailleurs émigrés et par l'élévation du niveau - et de l'effort - d'éducation produit par la motivation à émigrer&nbsp;: c'est ce que les économistes appellent l'effet "brain gain". Elle profite aussi aux pays d'accueil, par le gain en compétences, en capital intellectuel, et en main-d'œuvre dans les secteurs en tension.</p> <p><em>3.2.	Définir des critères de régularisation des étrangers</em></p>


<p>Sans aller jusqu'à vouloir régulariser tous les sans-papiers présents sur le territoire (ce qui ne serait pas viable comme politique à long terme), notre réflexion nous a amené à définir des critères de régularisation que nous avons voulus suffisamment larges. Nous pensons que ces critères doivent être regroupés autour de trois grandes thématiques&nbsp;: la famille, la durée de résidence en France et le travail.</p>


<p>La <strong>situation familiale</strong> est un élément important. L'expulsion d'enfants scolarisés ne doit plus être tolérée, car elle conduit à des drames humains inutiles. Nous pensons qu'il ne faut pas renvoyer les familles, pour les raisons mentionnées précédemment.</p>


<p>Le <strong>travail</strong> est également un facteur important, parce qu'il est source d'intégration. Nous devons accentuer les régularisations des travailleurs clandestins en accord notamment avec le patronat, comme ce fut le cas en Espagne, et comme cela pourrait l'être en France, comme le prouve le récent mouvement des travailleurs sans-papiers d'Île-de-France. Le principe de régulariser toute personne ayant un contrat de travail ou une promesse d'embauche pourrait même être étendu sous certaines conditions aux étrangers qui souhaitent venir en France. En 1981, le gouvernement Mauroy avait décidé de régulariser tous les sans-papiers pouvant justifier d'un contrat de travail. Sur 150 000 dossiers déposés, la France avait procédé à 130 000 régularisations.</p>


<p>Le dernier élément à prendre en compte est la <strong>durée de vie en France</strong>. Une personne ayant vécu de nombreuses années en France, 2 ans ou 5 ans par exemple, ne devrait plus être inquiétée. Le projet du Parti Socialiste et le pacte présidentiel proposaient de réinstaurer la règle des 10 ans pour une régularisation systématique. En 1998, les lois Chevènement avaient ainsi permis 80 000 régularisations de personnes intégrées&nbsp;: étudiants, marié(e)s à un(e) Français(e) ou parent d'enfant français... Pour résumer, nous précisons la 100e et dernière proposition du pacte présidentiel&nbsp;: "Régulariser les sans-papiers à partir de critères fondés sur la durée de présence en France, la scolarisation des enfants et la possession ou la promesse d'un contrat de travail."</p>


<p>Mentionnons également le droit d'asile qui ne doit pas rentrer dans le cadre de l'immigration économique ou par regroupement familial. Dans ce cas, il nous paraît judicieux de définir également des critères permettant d'obtenir le droit d'asile. En particulier, les migrants de régions en guerre comme l'Irak, l'Afghanistan ou le Darfour devraient obtenir facilement le droit d'asile. Chaque année, une liste de pays pourrait être établie pour accorder plus rapidement le droit d'asile à leurs ressortissants. Actuellement ce sont seulement quelques 15 à 25% des 60 000 demandes de droit d'asile qui sont acceptés chaque année. Le statut de réfugié politique pourrait également devenir plus facile à obtenir sous ces conditions.</p>


<p><em>3.3.	Assouplir les procédures administratives de régularisation</em></p>


<p>La dureté des critères et des procédures de régularisation est doublement inefficace et contre-productive. Elle éloigne, décourage et effraie les travailleurs les plus qualifiés, qui préfèrent faire "jouer la concurrence" et s'en aller vers des cieux plus cléments (Canada notamment), sans pour autant empêcher les travailleurs moins qualifiés de venir en France clandestinement.</p>


<p>Nous pensons donc qu'il faut au contraire faciliter l'obtention pour les étudiants d'un visa longue durée, alors que pour l'instant il doit être renouvelé tous les ans. Après l'obtention d'un diplôme, les étudiants étrangers devront avoir la possibilité de rester 3 à 5 ans en France pour une première expérience professionnelle.</p>


<p>Les travailleurs, les chercheurs et les artistes qui viennent en France pour raison professionnelle doivent bénéficier de beaucoup plus larges facilités en matière d'octroi de visa et d'autorisations de travail. Les travailleurs étrangers hautement qualifiés doivent être autorisés à venir chercher du travail pendant une durée déterminée sans exiger qu'ils soient en possession d'un contrat de travail ou d'une proposition d'embauche. Les travailleurs devraient bénéficier de visas renouvelables tous les 5 ans, et non plus annuellement.</p>


<p>Nous pensons que cette mesure doit s'appliquer aux travailleurs qualifiés et hautement qualifiés d'une part et aux travailleurs dans les domaines en pénurie de main-d'œuvre d'autre part. En effet, les secteurs dans lesquels la France a le plus besoin d'étrangers sont en partie ceux où la pénibilité du travail est importante, mais qui ne nécessitent pas forcément beaucoup de diplômes. Un informaticien et un ouvrier du BTP correspondraient par exemple à ces catégories de travailleurs. Par ailleurs, la définition des ressources humaines requises doit davantage se faire par compétences que par profession figée, pour être au plus près de la réalité des besoins et de l'offre.</p>


<p>De manière générale, les contraintes doivent également être relâchées sur les travailleurs moins qualifiés. Ne vouloir accueillir que les "meilleurs" est un objectif myope&nbsp;: les travailleurs moins qualifiés transfèrent plus de fonds vers leur pays d'origine et contribuent donc plus fortement que les travailleurs très qualifiés au développement des pays émetteurs. C'est donc agir pour le co-développement que de les accueillir plus largement. Le marché des transferts de fonds pourrait être ouvert à une plus large concurrence, les frais actuellement retenus sur les transferts étant bien trop élevés. Le service public pourrait également contribuer à ces transferts d’argent.</p>


<p>Il restera toutefois des clandestins non régularisables. En 2004, 64 200 arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière ont été pris. Pour cette catégorie, l'administration devra faire part d'une certaine souplesse, et de clémence. Elle laissera un délai aux personnes susceptibles de répondre aux critères de régularisation avant de les expulser. Ce délai supplémentaire de six mois par exemple devrait permettre aux clandestins de trouver un emploi et d'être régularisés. Un statut juridique, de type visa temporaire, devrait être accordé pendant cette période. Les quotas d'immigrés à expulser devront être officiellement et concrètement proscrits. Sans renoncer complètement aux reconduites à la frontière, la France devra se doter d'une politique de reconduite plus ciblée sur des adultes jeunes et sans famille, et vers des pays en paix.</p>


<p>En ce sens, le projet présidentiel socialiste suggérait de "de construire un partenariat avec les pays d'origine fondé sur le co-développement, l'immigration partagée, en multipliant les possibilités d'aller et retour, en favorisant l'investissement dans les pays d'origine mais aussi avec la signature d'accords de réadmission des immigrants illégaux dans les pays d'origine." La 98e proposition du pacte présidentiel souhaitait renforcer la mobilité des immigrés et ainsi "instituer un visa permettant des allers-retours multiples sur plusieurs années, afin que les migrations s'adaptent aux besoins réels du marché du travail." Nous pensons également que de tels partenariats doivent être mis en place, mais avec une double exigence d'efficacité économique et éthique. Économique&nbsp;: les aides aux associations locales, comités de village, susceptibles d'être utilisées au plus près des nécessités réelles et locales, doivent être privilégiées et venir en appui des transferts de fonds effectués par les travailleurs émigrés. Éthique&nbsp;: la plus grande fermeté doit être de mise pour faire progresser ces pays, quand cela est nécessaire, sur la voie de la démocratie, car les gouvernements et   l'émigration des classes moyennes et émergentes, pour préserver leurs propres acquis.</p>


<p><em>3.4.	Accompagner les politiques d'immigration</em></p>


<p>Si nous régularisons les immigrés en France, il faut revoir, renforcer et faciliter l'intégration des étrangers. Un effort prioritaire doit être fait, tout d'abord, pour les enfants, leur scolarisation et leur apprentissage du français. Les parents seront également invités à apprendre le français dans des structures adaptées, où ils pourront s'informer de la législation française et des services auxquels ils ont accès. A situation familiale et économique égale, les enfants d'immigrés réussissent généralement au moins aussi bien que les nationaux.</p>


<p>Parallèlement, et pour éviter l'effet "brain waste", une politique d'insertion, de requalification et de formation doit être menée en faveur des immigrés légaux ou en voie de régularisation. Trop souvent ces migrants sont employés en-dessous de leurs qualifications réelles, par non-compatibilité des diplômes, ignorance ou calcul des employeurs. L'ANPE, l'APEC et les AFPA doivent mener une politique résolue en ce domaine, par exemple en s'installant dans les structures évoquées ci-dessus. Parallèlement, la politique de coopération et de certification éducatives doit être poursuivie, par exemple en associant un maximum de pays émetteurs au système "LMD", pour une véritable reconnaissance des diplômes étrangers.</p>


<p>Nous suggérons une répression forte du travail au noir pour éviter une trop forte précarisation, source de problèmes sociaux, et pour ne pas laisser impunis les employeurs qui en profitent. L'effort de l'Inspection du travail - dont les moyens doivent être manifestement renforcés - ne doit pas se cantonner à la répression des sous-traitants, mais se tourner aussi résolument vers les donneurs d'ordre - les grands groupes du BTP, par exemple – qui bénéficient en bout de chaîne de tous les bénéfices de ce travail non déclaré (coûts amoindris, gains de productivité), tout en déléguant le risque pénal aux petites entreprises qui travaillent pour eux.</p>


<p>Il faut en outre impérativement lutter contre la ségrégation spatiale des immigrés. Il nous paraît donc nécessaire de mettre en œuvre des politiques d'urbanisation et de logement social, d'éviter la création de ghettos, en agissant selon une logique de décongestionnement. Il est évident que la concentration dans les mêmes quartiers d'immigrés de première génération, d'enfants d'immigrés et de citoyens déclassés ou marginalisés ne peut que produire misère sociale et racisme.</p>


<p>La question du vote des étrangers, aux élections locales voire nationales, et de l'acquisition de la citoyenneté doit enfin être clairement posée&nbsp;: l'une comme l'autre ne doivent plus être conditionnées à la nationalité. Le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales était déjà l'une des 110 propositions de Mitterrand en 1981. Les pays scandinaves et la Belgique l'accordent au bout d'un certain nombre d'années de résidence et l'Irlande l'applique sans contrainte de temps. Il est grand temps que la France progresse sur cette voie.</p>


<p>La régularisation implique néanmoins des questions nouvelles à résoudre. Les conditions d'accès à la protection et aux aides sociales doivent encore être définies. Les étrangers venant s'installer en France y auraient-ils automatiquement droit&nbsp;? Accorder à tous une protection sociale est-il possible&nbsp;? L'accès à la santé nous paraît indispensable&nbsp;: c'est d'ailleurs déjà le cas pour les clandestins qui disposent de la CMU. En revanche, il nous paraît possible de conditionner l'accès au RMI et aux aides sociales à l'acceptation d'un premier emploi.</p>



<p><strong>Entre la politique d'expulsions médiatique de Nicolas Sarkozy et l'ouverture complète des frontières, la section socialiste de l'ENS propose ainsi de définir une politique réaliste et positive sur l'immigration, en définissant des conditions de régularisation satisfaisantes, en défendant une politique d'accompagnement et en proposant des pistes pour améliorer leur intégration.</strong></p>


<p><em>Cette contribution s'appuie notamment sur les travaux de Patrick Weil, de Laetitia Van Eeckhout et de Mouhoub El Mouhoud. Les sources chiffrées proviennent de l'INSEE, du Ministère de l'Intérieur et du rapport de la commission pour la libéralisation de la croissance.</em></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/06/27/157-contribution-sur-l-immigration-chapitre-2-les-enjeux-de-l-immigration">
  <title>CONTRIBUTION SUR L'IMMIGRATION : chapitre 2 - Les enjeux de l'immigration</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/06/27/157-contribution-sur-l-immigration-chapitre-2-les-enjeux-de-l-immigration</link>
  <dc:date>2008-06-27T09:36:44+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>jeanjaures.online</dc:creator>
  <dc:subject>Vie de la section PS ENS</dc:subject>
  <description>2.1.	Réconcilier immigration et immigration économique


Lors de son arrivée au pouvoir, Tony Blair a déclaré que "l'immigration profitait au Royaume-Uni". Seuls le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède ont ouvert leurs frontières sans restrictions aux travailleurs des nouveaux pays membres de l'Union Européenne dès leur adhésion. La main-d'œuvre de ces pays est généralement qualifiée et apporte des compétences recherchées dans des secteurs en tension. A ce sujet, les entreprises françaises peinent à trouver la main-d'œuvre nécessaire dans plusieurs secteurs-clés de l'économie : le bâtiment, le commerce, l'industrie lourde, l'hôtellerie, la restauration, les services de santé et l'agriculture. Sans doute ne faut-il pas se résoudre à cette carence en travailleurs nationaux, et réfléchir aux raisons de fond du désamour de ceux-ci pour ces professions. Il n'en demeure pas moins qu'à court et moyen terme, la régularisation des sans-papiers travaillant dans ces secteurs permettrait de lutter contre le travail non déclaré, ce qui permettrait une plus grande conformité aux normes de travail et une meilleure cohésion sociale.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><em>2.1.	Réconcilier immigration et immigration économique</em></p>


<p>Lors de son arrivée au pouvoir, Tony Blair a déclaré que "l'immigration profitait au Royaume-Uni". Seuls le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède ont ouvert leurs frontières sans restrictions aux travailleurs des nouveaux pays membres de l'Union Européenne dès leur adhésion. La main-d'œuvre de ces pays est généralement qualifiée et apporte des compétences recherchées dans des secteurs en tension. A ce sujet, les entreprises françaises peinent à trouver la main-d'œuvre nécessaire dans plusieurs secteurs-clés de l'économie&nbsp;: le bâtiment, le commerce, l'industrie lourde, l'hôtellerie, la restauration, les services de santé et l'agriculture. Sans doute ne faut-il pas se résoudre à cette carence en travailleurs nationaux, et réfléchir aux raisons de fond du désamour de ceux-ci pour ces professions. Il n'en demeure pas moins qu'à court et moyen terme, la régularisation des sans-papiers travaillant dans ces secteurs permettrait de lutter contre le travail non déclaré, ce qui permettrait une plus grande conformité aux normes de travail et une meilleure cohésion sociale.</p> <p>L'augmentation du volume d'emploi grâce à l'immigration se traduit par un effet positif et significatif, bien que marginal, sur le niveau d'activité dans l'économie, chiffré à 0,1 point de croissance pendant un an pour l'arrivée de 50 000 nouveaux migrants une année donnée. Or le solde migratoire est de 90 000 nouveaux migrants par an en France, soit environ 0,2 point de croissance. Il faut mettre en avant cette donnée keynésienne&nbsp;: les migrants, bien évidemment, consomment et réinvestissent une partie non négligeable de leur revenu dans l'économie française, en particulier en biens consommables.</p>


<p>Nous pensons par ailleurs que l'immigration économique ne peut, ni ne doit, être mise en concurrence avec les autres formes d'immigration, parce qu'elles sont complémentaires et fortement imbriquées. Si les étrangers entrent au titre de l'immigration familiale, qui est la voie la plus sûre, ils n'en intègrent pas moins le marché du travail, pour les adultes du moins (soit 65% du total). On estime que 75% d'entre eux trouveront rapidement un emploi. Ces deux aspects de l'immigration sont indissociables&nbsp;; en particulier, la reconstitution de la cellule familiale éclatée au moment du départ joue un rôle important dans la stabilisation et l'intégration. Nous pensons en outre qu'il faut accroître la mobilité des étrangers et faciliter leur retour au pays, sans hypothéquer la possibilité de revenir en France à un autre moment de la vie, pour que l'immigration profite également aux pays d'émigration par le retour de capitaux et de savoir-faire. De surcroît, il s'avère que les immigrés les plus précarisés, familialement comme économiquement, sont les plus prompts à rester en France. Penser limiter l'immigration en empêchant ou en entravant le regroupement familial est donc une vue de l'esprit, et une politique aussi inhumaine qu'inefficace.</p>


<p><em>2.2.	L'immigration ne contribue pas à la hausse du chômage</em></p>


<p>Il est nécessaire de critiquer les idées reçues, et répandues par la droite, qui rendent les immigrés responsables du chômage et de l'insécurité, et de montrer que la précarisation de l'emploi s'inscrit dans une évolution globale de l'économie et touche aussi et même davantage les étrangers.</p>


<p>Par rapport à la main-d'œuvre française, un argument revient sans cesse&nbsp;: les immigrés feraient baisser les salaires et augmenter le chômage. Or, toutes les études économiques et historiques sur des cas d'afflux massifs de travailleurs étrangers montrent que l'impact est très faible, voire inexistant. Plus largement, l'immigration n'est à elle seule un facteur ni de croissance ni de récession&nbsp;; elle amplifie la croissance, mais ne la fabrique pas. Les socialistes doivent reprendre à leur compte cette donnée essentielle, pour contrer le discours dominant. Pour les travailleurs nationaux, l'argument "ça fait baisser nos salaires" n'est empiriquement vérifié qu'une fois sur 100. En effet, les travailleurs immigrés ne sont ni sur les mêmes secteurs, ni sur les mêmes bassins d'emploi, et n'entrent donc pas en concurrence avec les travailleurs français.</p>


<p><em>2.3.	L'immigration participe au maintien de l'équilibre démographique</em></p>


<p>Les bénéfices de l'immigration en général, pour les pays européens, résident également dans ses aspects démographiques en Europe. L'immigration permet, par exemple, de faire face aux problèmes du vieillissement de la population comme en Allemagne ou en Autriche. Pour maintenir le rapport entre actifs et inactifs avec le vieillissement de la population, la France a besoin de la venue de 5,5 millions d'immigrés entre 2000 et 2050, soit 110 000 par an, bien qu'elle bénéficie d'un taux de natalité plus élevé que ses voisins. La contribution de l'immigration représente en effet 25 à 40% de la croissance démographique contre 50 à 100% pour les autres pays européens.</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/06/25/156-contribution-sur-l-immigration-chapitre-1-etat-des-lieux-de-l-immigration-en-france-et-en-europe">
  <title>CONTRIBUTION SUR L'IMMIGRATION : chapitre 1 - État des lieux de l'immigration en France et en Europe</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/06/25/156-contribution-sur-l-immigration-chapitre-1-etat-des-lieux-de-l-immigration-en-france-et-en-europe</link>
  <dc:date>2008-06-25T09:41:18+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>jeanjaures.online</dc:creator>
  <dc:subject>Vie de la section PS ENS</dc:subject>
  <description>Au terme d'une année de travail sur l'immigration, la section PS de l'ENS présentera avec les autres sections universitaires (Sorbonne et Sciences Po), au prochain congrès de Reims en novembre prochain, une contribution thématique sur la question. Parti d'un texte assez général, le groupe de travail a vite choisi de se concentrer sur les aspects économiques et notamment sur la question de la régularisation des clandestins, abordant notamment l'épineux problème de la définition de critères.
A l'heure où le ministre de l'Immigration se félicite de l'augmentation de 80% des reconduites des étrangers en situation irrégulière à la frontière pour les 5 premiers mois de 2008, ce texte est plus que jamais d'actualité.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p>Au terme d'une année de travail sur l'immigration, la section PS de l'ENS présentera avec les autres sections universitaires (Sorbonne et Sciences Po), au prochain congrès de Reims en novembre prochain, une contribution thématique sur la question. Parti d'un texte assez général, le groupe de travail a vite choisi de se concentrer sur les aspects économiques et notamment sur la question de la régularisation des clandestins, abordant notamment l'épineux problème de la définition de critères.
A l'heure où le ministre de l'Immigration se félicite de l'augmentation de 80% des reconduites des étrangers en situation irrégulière à la frontière pour les 5 premiers mois de 2008, ce texte est plus que jamais d'actualité.</p> <p>L'immigration est souvent considérée par la droite comme un fléau, ainsi qu'en témoigne le nombre croissant de dispositions législatives prises ces dernières années sur le sujet. La gauche, bien qu'elle ne partage pas ce point de vue, peine parfois à prendre une position claire, notamment parce qu'elle se sent prisonnière d'un électorat sceptique sur la question de l'immigration, et parce qu'elle ne parvient plus à inscrire cette question dans un projet d'ensemble, économique et social. Nous pensons que le sujet ne doit pas pour autant être esquivé et qu'il faut réfléchir au Parti Socialiste à une politique de l'immigration ambitieuse et réaliste.</p>


<p>La situation actuelle reflète en effet une hypocrisie totale, où on fait semblant d'accueillir quelques travailleurs étrangers mais dans de mauvaises conditions, et où on ferme les yeux sur un grand nombre de clandestins qui servent de main-d'œuvre taillable et corvéable, sans aucun droit, privée de l'accès au logement et à la santé, parce qu'en pratique très peu de clandestins vont se faire soigner de peur d'être arrêtés, bien qu'ils disposent de la CMU. Clandestins que l'on soumet quand le besoin médiatique et politique s'en fait sentir à une chasse à l'homme proprement inhumaine et contraire aux valeurs de la République.</p>


<p>L'objet de nos travaux se concentre donc essentiellement sur un certain nombre de sujets centraux, auxquels nous voulons apporter une réponse claire. Nous nous efforçons de démontrer que les tenants de la question de l'immigration sont avant tout économiques et sociaux et qu'ils ne relèvent pas d'un problème d'identité nationale.</p>


<p>Nous nous sommes demandé dans quelles mesures l'immigration, notamment économique, est utile. Que doit-on faire des sans-papiers en France&nbsp;? Ou encore, faut-il régulariser tous les étrangers en situation irrégulière&nbsp;? Ce texte n'est cependant pas une étude exhaustive sur l'immigration&nbsp;; il se veut une prise de position politique et opérationnelle, sur les questions-clés de ce sujet de débat et de polémique.</p>



<p><strong>Chapitre 1</strong>
<strong>État des lieux de l'immigration en France et en Europe</strong></p>


<p>Contrairement à une idée reçue, orchestrée et véhiculée par la droite et le gouvernement, le nombre d'immigrés et tout particulièrement de clandestins ne représente qu'une faible part de la population française totale.</p>


<p><em>1.1.	Les clandestins représentent moins de 1% de la population française</em></p>


<p>Depuis le recensement de 1999, la population immigrée en France regroupe officiellement un peu plus de 4 millions d'individus. On distingue parmi les immigrés les étrangers et ceux ayant acquis la nationalité française. Les immigrés naturalisés regroupent déjà 40% des immigrés. Les étrangers ne représentent quant à eux que 60% des immigrés. Les étrangers en France forment donc une communauté de 2,750 millions d'individus, soit 4,7% de la population.</p>


<p>Sur les 4,310 millions d'immigrés en France, 44,9% sont originaires d'Europe. Il s'agit essentiellement de nos voisins espagnols, italiens et portugais. Les immigrés non européens ne représentent que 4,1% de la population nationale. Ce chiffre est à peine supérieur à la moyenne européenne. Selon un rapport de la commission des communautés européennes sur la migration et l'intégration, seuls 18,5 millions d'étrangers résident sur le sol européen, soit 3,8% de la population. La part d'immigrés ou d'étrangers est donc relativement faible au sein de la population française et européenne.</p>


<p>En 2005, le nombre de premiers titres de séjour délivrés était de 164 000. Parallèlement, 130 000 étrangers deviennent français chaque année. En plus des immigrés légaux, il faut ajouter les immigrés clandestins. Le nombre de clandestins en France est très inférieur à celui des immigrés en situation régulière. Selon le Ministère de l'Intérieur, il est compris entre 200 et 400 000 personnes. Ce nombre représente entre 0,3% et 0,7% de la population française. Notre étude s'intéresse plus particulièrement à cette catégorie d'immigrés illégaux.</p>


<p><em>1.2.	La situation actuelle des travailleurs immigrés en France</em></p>


<p>Malgré un faible coût du voyage - notamment du fait de la mondialisation - les flux migratoires ne sont pas massifs et paradoxalement concernent essentiellement des immigrés qualifiés. Le salaire en France permet alors à un immigré non seulement de subvenir à ses besoins, mais aussi d'envoyer de l'argent à sa famille restée au pays&nbsp;: c'est une forme décentralisée très importante d'aide aux pays en voie de développement. Selon les estimations, les flux financiers renvoyés par les migrants dans leur pays d'origine seraient de 150 à 200 milliards de dollars par an, soit deux fois le montant de l'aide au développement. Ils sont de loin la première source d'entrée de capitaux dans les pays d'émigration.</p>


<p>Les immigrés sont souvent contraints au travail au noir, avec la menace de licenciements rapides, dans des secteurs où les conditions de travail sont souvent draconiennes, comme le BTP, l'hôtellerie ou encore le textile. Du point	de vue du pays d'accueil, les immigrés fournissent en effet une main-d'œuvre jeune, motivée et prête à accepter les emplois que refusent les nationaux. Certains employeurs ne se privent pas d'en abuser comme le constate régulièrement l'Inspection du Travail. Pire encore, les immigrés, par ignorance ou à dessein, sont souvent employés sur des postes, et à des conditions financières, inférieurs à leur niveau de qualification réel. C'est une façon pour les employeurs de faire des gains de productivité à bon compte. Ce gâchis de compétences, ou "brain waste", est doublement néfaste&nbsp;: il affaiblit le potentiel humain des pays de départ, et produit un dumping social effectif dans les secteurs bénéficiant de cette main-d'œuvre dans les pays d'arrivée.</p>


<p>De plus, la loi Immigration et Intégration promulguée le 24 juillet 2004, renforcée en 2007, durcit les conditions de regroupement familial à 18 mois de séjour et à un minimum de ressources, prestations sociales non comptées. En 2003, la France a délivré un titre de séjour à 50 000 conjoints de Français, à 26 700 immigrés au titre du regroupement familial, à 11 000 réfugiés ou familles de réfugiés et à 6 500 travailleurs salariés.</p>


<p><em>1.3.	L'exemple de la politique migratoire de l'Espagne et d'autres pays occidentaux</em></p>


<p>Dans les années 90, l'Espagne est devenue un eldorado pour les immigrants, en majorité d'Amérique latine et d'Afrique du Nord. En arrivant au pouvoir, en avril 2004, le socialiste José Luis Zapatero a hérité de huit ans de gestion chaotique par les conservateurs du Parti populaire, car, en dépit de quelques timides procédures de régularisation, une population considérable d'immigrants, intégrée dans le marché du travail, vivait dans l'illégalité. Sur les 2,5 millions d'étrangers résidant en Espagne, soit 6,2 % de la population totale, environ 850 000 vivaient dans la clandestinité.</p>


<p>Avec le soutien unanime du patronat et des deux grands syndicats, une nouvelle réglementation a permis la légalisation de tous les étrangers pouvant justifier de six mois de résidence sur le sol espagnol et d'un contrat de travail, dont la durée exigée (une année au minimum) variait en fonction du secteur d'activité. On estime à 600 000 le nombre de régularisations effectuées en 2005. Cette mesure a permis de faire entrer dans la légalité les grosses poches clandestines du marché du travail, de lutter activement contre les mafias de l'immigration qui maintiennent des milliers d'étrangers dans des conditions de travail inhumaines, et d'accroître accessoirement le nombre de "cotisants" à la sécurité sociale.</p>


<p>Il faut remarquer qu'en France, la CGT a soutenu la grève des travailleurs sans-papiers pour obtenir leur régularisation et les a aidés à remplir les dossiers de régularisation. Le gouvernement a refusé une régularisation des quelques 100 000 clandestins qui sont dans cette situation pour ne parler que d'une centaine de régularisations au cas par cas.</p>


<p>Que penser du concept de quotas&nbsp;? Aux États-Unis, les quotas sont relativement faibles comparés aux 11 millions de demandes et la politique de quotas ne remplit pas les objectifs escomptés. En effet, les quotas portent sur une main-d'œuvre qualifiée alors que les candidats sont souvent considérés comme peu qualifiés. Les quotas de travailleurs qualifiés ne sont donc jamais atteints et ceux de travailleurs non qualifiés toujours dépassés, via l'immigration clandestine. La situation est similaire en Allemagne. De plus, l'instauration de quotas entraîne un afflux de candidats à un visa, qui restent illégalement sur le territoire s'ils ne l'obtiennent pas. Cette politique, héritière de la conception fordiste de l'immigration, n'est donc pas efficace.</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/27/151-compte-rendu-de-la-reunion-de-travail-avec-el-mouhoub-mouhoud">
  <title>Compte-rendu de la réunion de travail avec El Mouhoub Mouhoud</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/27/151-compte-rendu-de-la-reunion-de-travail-avec-el-mouhoub-mouhoud</link>
  <dc:date>2008-05-27T23:31:26+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Lucie Malbos</dc:creator>
  <dc:subject>Vie de la section PS ENS</dc:subject>
  <description>Jeudi 22 mai, dans le cadre de nos travaux sur l'immigration, nous avons reçu El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à Paris-Dauphine, et spécialiste des questions relatives à la mondialisation et aux migrations. L'occasion de déjouer toute une série de fausses évidences sur la réalité qualitative des flux migratoires, et d'ajouter à notre viatique lexical les concepts de "brain gain" et de "brain waste" à côté de celui de "brain drain" ...</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="/Blog/images/em_m.jpg" alt="el mouhoub mouhoud" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" />Jeudi 22 mai, dans le cadre de nos travaux sur l'immigration, nous avons reçu El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à Paris-Dauphine, et spécialiste des questions relatives à la mondialisation et aux migrations. L'occasion de déjouer toute une série de fausses évidences sur la réalité qualitative des flux migratoires, et d'ajouter à notre viatique lexical les concepts de "brain gain" et de "brain waste" à côté de celui de "brain drain" ...</p> <p><strong>E.M. Mouhoud</strong> travaille sur l'économie internationale en général et est ainsi amené à travailler sur les questions d'immigration et de délocalisation. En  France,  les  travaux  économiques  sur  les migrations  internationales  sont  assez  récents  et  se
développent notamment grâce à des bases de données assez fournies.</p>


<p><strong>(1) Peut-on  freiner  les  migrations  par  la  libéralisation  des  échanges  et  le  co-développement&nbsp;: complémentarité vs. substitution migrations/mondialisation ?</strong></p>


<p><strong>E.M. Mouhoud</strong>  commence  par  dénoncer  l'idée  reçue  selon  laquelle  il  suffirait  de  faire  du  co-développement  pour  que  les  populations  soient moins  incitées  à  partir&nbsp;:  c'est  loin  d'être  aussi évident. Il faut donc revenir un peu en amont des problèmes et éviter tout angélisme ainsi que les fausses idées, que l'on retrouve d'ailleurs aussi bien à droite qu'à gauche&nbsp;: il s'agit là d'un mauvais consensus.</p>


<p><em>Les migrations internationales dans la mondialisation - 6 faits et paradoxes :</em></p>


<p>• <em>Dynamique des migrations, marginalisation des pays de départ dans  la mondialisation</em>&nbsp;:  le commerce,  la  finance,  les technologies et  la connaissance sont  très concentrés au niveau mondial  et  ont  exclus  beaucoup  de pays  "à  dotation naturelle"  (Afrique).  Les migrations jouent  un  rôle  dynamique  pour  ces  pays,  malgré  les  restrictions  croissantes&nbsp;:  elles  ne concernent que  3%  de  la  population mondiale,  ce  qui dénote d'un  faible  dynamisme  au niveau mondial&nbsp;; mais ce chiffre est un peu faussé&nbsp;: il faut regarder cette part dans les pays de  l'OCDE  (i.e.  les pays d'accueil), où elle est passée de 3-4% en 1960 à 10% aujourd'hui. Loin d'être un phénomène en recul,  les migrations sont donc même en nette hausse dans l'OCDE&nbsp;: il ne faut donc pas les sous-estimer.</p>


<p>Avec le commerce international, elles sont dans une relation de complémentarité (les flux commerciaux ne remplaceront pas les flux humains&nbsp;: les deux se complètent), et cela parce que les gens partent de chez eux pour 2 grandes raisons&nbsp;:</p>

<pre></pre>

<p>-  la différence de salaire et de bien-être entre le pays d'origine et le pays d'accueil, qu’ils espèrent réduire – compte-tenu de la probabilité de trouver un emploi
-  le  coût  de  mobilité  (autrement  dit,  ce  que  cela  coûte  de  partir)&nbsp;:  très  faible aujourd'hui pour les flux de marchandises et de capitaux, ce coût est accru pour les flux  humains.  Cela  coûte  donc  beaucoup  de  partir&nbsp;:  il  y  a  le  coût  de  transport, d'information, d'insertion, psychologique. Toutefois, ces coûts se réduisent chez les plus qualifiés. A Sangatte, 60% des clandestins avaient un niveau BAC+2 et plus.</p>

<pre></pre>

<p>On assiste aujourd'hui à une autonomisation des  stratégies  internationales de migration, alors  qu'elles  étaient  organisées  par  les  branches  économiques  auparavant  (le  coût  de mobilité était ainsi assuré par les pays d'accueil – immigration fordiste)&nbsp;: et c'est pour cela que l'on peut difficilement agir sur ce phénomène en ouvrant les échanges ou en faisant du co-développement.</p>


<p>• <em>Paradoxe du  taux d’expatriation</em> –  les migrants ne viennent pas des pays  les plus pauvres (contrairement à ce pensent de façon consensuelle la droite et la gauche), loin de là même&nbsp;: le taux d'expatriation (= part de la population d'un pays qui est expatriée) est faible dans les pays où le PIB est le plus bas (comme en Afrique sub-saharienne), tandis que le taux le plus élevé  se  retrouve dans  les pays à  revenu  intermédiaire  (comme  l'Afrique du Nord)&nbsp;; quant aux pays en cours de rattrapage économique, ils voient leur taux d'expatriés baisser.</p>


<p>Ces chiffres s'expliquent très bien, puisque partir est coûteux. Bref, on ne reçoit pas "toute la misère  du monde". Quant  aux  pays  au  PIB  le  plus  bas,  ils  ne  nous  envoient  que  des immigrés qualifiés.</p>


<p>• <em>Des migrants de plus en plus qualifiés surtout pour les pays pauvres - effets différenciés du brain  drain</em>&nbsp;:  c'est  dans  les  pays  les  plus  pauvres  que  le  taux  de  travailleurs  qualifiés s'expatriant est  le plus élevé (Amérique centrale, Afrique sub-saharienne, Europe de  l'est, alors que le taux est plus faible en Afrique du Nord, Amérique du Sud ou  Asie). Bref, dans   3 pays  les  plus  pauvres,  ce  sont  surtout  les  plus  qualifiés  qui  partent  (ceux  qui  peuvent réduire le coût de mobilité).</p>

<pre></pre>

<p>Toutefois, la fuite des cerveaux n'est une vraie perte pour le pays de départ que si ce taux dépasse un certain seuil. On assiste en effet à des effets d'investissement dans l'éducation (pour augmenter ses chances de partir), ce qui entraîne un double effet de cette fuite des cerveaux&nbsp;: perte de capital humain d'un côté, mais gain au niveau de l'éducation de l'autre.  La perte n'est donc pas forcément absolue pour  le pays de départ et peut même avoir un effet favorable jusqu'à un certain seuil, qui se situe entre 15 et 25% (au-delà, les effets sont strictement négatifs&nbsp;:  le stock de capital humain diminue)&nbsp;: c’est  le brain gain. La Chine et l'Inde se situent dans cette zone aux effets positifs (investissement dans le capital humain avec effets en retour), tandis que l'Afrique du Nord se situe dans la zone de perte.</p>


<p>C'est  la sélectivité accrue  (entraînant des coûts de mobilité plus  importants)  (mais  jamais pour autant une fermeture totale), ainsi que la diversification des pays d'accueil (à l'origine d'une  forme  de  concurrence  entre  eux  pour  accueillir  les  migrations  de  cerveaux)  qui entraînent  l'apparition  de  stratégies  d'immigration  (ce  qui  est  radicalement  différent  du modèle  fordien  des  années  60-70,  lorsque  c'était  les  pays  d'accueil  qui  organisaient  en grande partie les mouvements migratoires – d’où coût de mobilité nulle et taux de rotation élevé&nbsp;: ce sont aujourd'hui les stratégies autonomes des migrants et les effets de réseaux, de plus en plus importants, qui sont à la base de ces mouvements). Le  taux de départ des qualifiés est assez  limité dans  les grands pays  (plus de 20 millions d'habitants)&nbsp;: 13% en moyenne&nbsp;; pour  les pays entre 2,5 et 20 millions,  les situations sont très  variées&nbsp;: 85% pour  la  Jamaïque, 83% pour Haïti, mais 33% en moyenne&nbsp;; et 56% en moyenne pour  les plus petits pays (89% pour  la Guyane), certaines professions étant plus touchées que d'autres par cette "hémorragie" (les médecins par exemple).</p>

<pre></pre>

<p>Une  politique  d'immigration  qui  procèderait  à  une  sélection  par  métier  serait  assez absurde&nbsp;:  les métiers  changent  et  surtout,  cela  recoupe  en  général  des  listes  ethniques, celles-là même  que  les  auteurs  de  ces  politiques  ne  veulent  pas  voir  en  France&nbsp;!  La  loi <strong>Sarkozy</strong> de  2003,  quant  à  elle,  avec  son  statut  renouvelable  de  3  ans,  est mauvaise&nbsp;:  ce statut précaire repousse précisément  les gens qu’il est censé attirer, ce d’autant plus que les migrants ont le choix parmi les pays d’accueil, aujourd’hui. Une telle politique attire en fait les moins qualifiés des très qualifiés, ceux qui ont besoin d’effets de réseau pour venir.</p>


<p>• Des  transferts  de  fonds  dynamiques&nbsp;:  ces  transferts  constituent  la  1ère source  d'entrée  de capitaux  dans  les  pays  de  départ  connaissant  une  forte  émigration  (30%  du  PIB  des Philippines, 10% du PIB marocain, par exemple)&nbsp;: ils contribuent donc à réduire la pauvreté transitionnelle. Cette approche, notamment développée par les Américains, a pu servir de
prétexte  à  G.W.  Bush    (selon  lui,  cela  compense  donc  la  baisse  de  l'aide  publique  au développement)&nbsp;;  il y a également un débat aux États-Unis  sur  la possibilité de  taxer ces transferts de  fonds pour  financer  l'insertion des  immigrés. Ces  transferts  sont  largement supérieurs aux  investissements directs, et permettent d’augmenter  le niveau éducatif. La
monopolisation  de  ce  service  par  Western  Union  pose  cela  dit  un  vrai  problème,  ce d’autant plus que cette entreprise ponctionne 25% de frais sur ces transferts.</p>

<pre></pre>

<p>Ces transferts de fonds ont deux grandes motivations&nbsp;:
-  motifs  d'assurance  (santé,  chocs  comme  les  sécheresses,  les maladies…)  –  ne jouent pas sur le développement
-  motivés  par  des  investissements,  (dans  l'immobilier  –  risque  de  spéculation, alors –  ou les entreprises)</p>


<p>Il  y  a  également  un  2ème type  de  transfert&nbsp;:  les  transferts  collectifs  (par  exemple,  vers  le comité  de  village  du  village  d'origine  pour  financer  des  travaux  d’infrastructure, contribuant ainsi à  son désenclavement), avec des effets  réels  sur  le développement des pays d'origine. Mais  l'aide publique au développement doit malgré  tout continuer à venir en complémentarité de ces transferts collectifs&nbsp;:  il ne faut pas  la baisser (les deux ne sont pas substituables), mais la coupler avec ces transferts, en essayant d'associer au maximum les partenaires locaux. C’est ce que fait actuellement l’AFD. Effet de levier.
Globalement, les petits revenus transfèrent de petites sommes régulièrement surtout pour des motifs d'assurance, tandis que d'investissement se retrouve surtout chez les revenus les plus  élevés,  avec  les  effets  négatifs/pervers  de  la  rente  (effet  inflationniste,  risque  de spéculation, réduction de  l'incitation à  la productivité, effets du type <em>Dutch Disease</em>…) qui contribue  à  créer  des  écarts  artificiels&nbsp;;  cependant,  au  final,  la  somme  des  effets  reste souvent  positive  (réduction  de  la  pauvreté  transitionnelle  et  augmentation  du  niveau d'éducation, investissements dans les infrastructures, etc.).
Ces transferts constituent donc une des motivations centrales des migrations, avec souvent une  forte  incitation à partir dans  les pays d'origine et des mécanismes de sélection et de maximisation (une famille va par exemple choisir d'envoyer le plus qualifié de ses enfants, le plus  apte  à  envoyer ensuite de  l'argent), ou même d'évincement par  la <em>nomenklatura</em> locale  (qui,  en  poussant  les  plus  qualifiés  à  partir,  cherche  avant  tout  à  défendre  ses propres positions, celles de ses enfants).</p>


<p>• <em>Une diversification des pays d'accueil&nbsp;: fin du modèle fordiste de l'immigration</em></p>


<p>• <em>Des changements démographiques&nbsp;: les migrations de remplacement</em></p>


<p><strong>(2) Les politiques sélectives et leurs effets sur les pays de départ :</strong></p>

<pre></pre>

<p>Les politiques des pays d'accueil ont changé&nbsp;: elles sont de plus en plus sélectives (ce qui crée une concurrence  entre  les  pays  de  l'OCDE  pour  attirer  et  retenir  les  travailleurs  qualifiés,  sans  qu'il existe pour autant un marché du travail fluide et mondialisé).</p>


<p><em>A propos du brain waste</em></p>

<pre></pre>

<p>Brain waste&nbsp;:  vrai  problème  selon  <strong>El Mouhoub Mouhoud</strong>,  celui  du  gâchis  de  compétences  des migrants  par  les employeurs.  Ceux-ci,  ne  sachant  guère  distinguer  les  migrants  qualifiés  des  non-qualifiés, embauchent tout le monde à salaire moyen, et sur des postes sous-qualifiés parfois donc. Certains pays d’Europe du Sud (Portugal, Espagne, Grèce) ont même fait de ce déclassement une politique tacite, leur permettant de rattraper leur retard de productivité sur la zone euro. Effet pervers&nbsp;: les «&nbsp;blédards »  (nouveaux  migrants),  par  ce  biais,  trouvent  plus  vite  du  travail  que  les  enfants d’immigrés, qui postulent à  leur niveau  réel de  compétences.  La difficulté de  trouver un emploi qualifié explique aussi le fort taux de création d’entreprise.</p>

<pre></pre>

<p><strong>Quelques propositions :</strong></p>

<pre></pre>

<p>• Relâcher la contrainte sur les moins qualifiés</p>


<p>• Favoriser  les  flux de  transferts en  réduisant  les coûts des canaux officiels  (en  finir avec  le monopole de Western Union)</p>


<p>• Mener  des  politiques  de  réduction  des  inégalités  fondamentales  au  Sud,  car  elles  sont source d'émigrations désespérées.</p>


<p>• Si  le brain waste  est  élevé,  il faut  au  contraire  favoriser  l'emploi des qualifiés du  Sud  au Nord en  leur donnant un véritable passeport de mobilité. En outre,  la double nationalité peut être un facteur important de coopération de la diaspora avec les pays d'origine. Il  faut  favoriser  la  liberté complète de circulation des compétences avec un  statut à  long
terme (comme la double nationalité) et non un  statut précaire  (comme dans  loi  <strong>Sarkozy</strong> avec ses 3 ans renouvelables).</p>



<p>Pour conclure&nbsp;:  il ne faut donc pas aborder  la régularisation que sous un angle défensif&nbsp;:  il y a un gain pour la communauté (régulariser pour des motifs d'efficacité).</p>



<p><strong>DISCUSSION</strong></p>


<p><strong>Jérôme</strong>&nbsp;: rappel de ce que le groupe de travail de la section a fait&nbsp;: quotas&nbsp;? régularisation&nbsp;? Conclusions du GT&nbsp;: régularisation des clandestins (pas de réponse claire du PS), mais qui régulariser&nbsp;? Introduction de critères (basés sur le travail&nbsp;: les sans-papiers ayant un emploi + les secteurs nécessitant de la main d'œuvre&nbsp;; sur la situation familiale et la durée de résidence en France). + Lutter contre le travail au noir, faciliter l'intégration des étrangers (droit vote…), laisser aux clandestins un temps pour trouver emploi (au lieu de les expulser de suite).</p>


<p>2 questions&nbsp;:</p>


<p>- points de croissance gagnés avec l'immigration (cf. rapport Attali)&nbsp;?</p>


<p>- installer des ANPE directement dans les pays d'émigration&nbsp;?</p>


<p><strong>Florent</strong>&nbsp;: les politiques d'ouverture entraînent-elles des effets d'appel d'air&nbsp;?</p>

<pre></pre>

<p><strong>Romain</strong>&nbsp;: problème de l'image de l'immigration dans les couches populaires françaises (cf. l'impact du  FN  avec  son amalgame  "3  millions  d'immigrés  /  3  millions  de  chômeurs")&nbsp;:  assimilation (immigration = vol d'emploi) très difficile à combattre. Comment  lutter efficacement contre cette vision&nbsp;?</p>


<p><strong>Eli</strong>&nbsp;: argument avancé face à la demande de régularisation&nbsp;: déjà 22% de ceux qui ont des papiers sont au chômage. + Argument du "parasite" qui a la double nationalité et qui profite des minimas sociaux. Comment aller contre ce discours&nbsp;?</p>

<pre></pre>

<p>Réponses de <strong>E.M. Mouhoud</strong>&nbsp;:</p>


<p>- D'accord  avec  l'idée  qu'il  ne  faut  pas  considérer  que  la  régularisation  doit  être  un  droit absolu, et d'accord avec les critères du GT, auxquels il ajouterait l'efficacité (préférence à la régularisation et au reclassement pour des objectifs d'efficacité pour la collectivité).</p>

<pre></pre>

<p>- Le problème n'est pas tant  le discours évoqué par Romain (inutile d'essayer à tout prix de convaincre), mais plutôt que les gens de Gauche relaient ces idées en les rationnalisant (cf. "la France ne peut pas accueillir  toute  la misère du monde"&nbsp;: ça ne  fait que renforcer  les gens  dans  leur  opinion). Inutile de chercher à convaincre avec des chiffres ou des arguments rationnels les personnes en difficulté&nbsp;:  il faut d'abord régler leurs problèmes et avoir un discours solide ne favorisant pas les amalgames et ce genre de réactions.</p>


<p>- L'immigration n'est pas un  facteur de  croissance économique&nbsp;: elle  l'amplifie  (comme en Espagne), mais ne la fabrique pas. Il n'existe aucun pays où l'afflux d'immigrés a créé de la croissance <em>ex nihilo</em>, même dans un cas aussi particulier qu’Israël&nbsp;; il ne fait que l'amplifier en répondant aux difficultés de  recrutement de certains secteurs et, de plus en plus, en répondant également aux décalages entre régions (certaines connaissent de forts taux de chômage,  mais  d'autres  manquent  de  travailleurs&nbsp;;  or  les chômeurs sont à la fois concentrés  dans  des  régions  et  peu mobiles, et ne peuvent donc pallier la pénurie de travailleurs dans des régions voisines), dans  la mesure où  les  immigrés n'hésitent pas à se disperser géographiquement (ils sont plus mobiles que les nationaux). Tout cela à donc un impact  positif  au  niveau  de  l'offre,  auquel  s'ajoute  un  aspect  keynésien&nbsp;:  l'arrivée d'immigrés augmente aussi la demande. Mais, une fois encore, s'il n'y a pas une dynamique de croissance  déjà  enclenchée,  ces  conséquences  resteront  très  marginales&nbsp;:  avant  la politique d'immigration massive, l'Espagne avait déjà enclenché un processus de croissance (contrairement au Portugal ou à  la Grèce par exemple, où  la  croissance n'était pas aussi
bien  lancée).  En  Espagne,  la  politique  d'immigration  n'est  donc  pas  responsable  de  la croissance&nbsp;: il y avait eu un rattrapage énorme de ce pays avant cette politique.</p>

<pre></pre>

<p>- L'installation  d'ANPE  dans  les  pays  de  départ  paraît  un  peu  compliquée  (considérant  les pays de départ et  leurs  institutions). Mais  le Canada,  lui, fait ça par  Internet (mécanismes d'offre aussi).</p>

<pre></pre>

<p>- L'argument  de  l'appel  air  (la  régularisation  nourrirait  l'immigration  clandestine)  n'est  ni complètement  vrai  ni  complètement  faux&nbsp;:  les  enquêtes montrent  que  cet  appel  air  est marginal par rapport aux facteurs déterminants d'émigration (facteurs de répulsion depuis le  pays  d'origine  =  facteur  «&nbsp;push »).  La  paupérisation  des  classes  travailleuses  des  pays d'origine  est  un  facteur  de  répulsion  bien  plus  important  que  cet  effet  d'appel.  Il  y  a également un facteur d’appel hors régularisation&nbsp;: la demande des entreprises, notamment dans les secteurs tels que le bâtiment. Il faudrait à ce sujet que la justice prenne davantage en  compte  la  responsabilité  des  donneurs  d’ordre,  alors  qu’actuellement  seuls  les  sous-
traitants sont poursuivis.</p>


<p>- Même s'il n'y a pas de corrélation entre chômage et immigration, on ne peut pas empêcher les gens de penser qu'il y a des effets de substitution. Ces taux de chômage moyens ne sont pas symétriques (populations et bassins d'emploi ne pas tous touchés de la même façon). Le problème n'est pas tant que  le grand public fasse cette assimilation, mais plutôt que  la
politique publique ne soit pas assez axée sur  la  lutte contre  la congestion (quand un seuil objectifs de concentration de problèmes –  insécurité, non qualification … –   est dépassé, tous  les effets négatifs apparaissent et  l'emportent  sur  les effets positifs)&nbsp;: on  touche  ici davantage au problème de  la politique de  la ville&nbsp;; et c'est  là-dessus qu'il  faut agir plutôt
que sur ce qui est ressenti comme invivable par certaines populations.</p>


<p>- Le problème de la libre-circulation des compétences&nbsp;: il faudrait intervenir sur l'iniquité du partage des fruits du brain drain (les gains sont, pour l'heure, bien plus importants pour les pays  d'accueil),  peut-être  par  l'intermédiaire  d'une  taxe  sur  la  fuite  des  cerveaux  à redistribuer dans les pays d'origine (pour des motifs à la fois d'efficacité et d'éthique). Les investissements directs sont inefficaces dans les pays si le capital humain est trop faible.</p>


<p><strong>Florent </strong>&nbsp;:  les  quotas  ne  marchent  pas&nbsp;:  faut-il  recourir  à  une  politique  sectorielle  de l'immigration&nbsp;?</p>


<p><strong>E.M.M.</strong>&nbsp;: Les accords bilatéraux ont toujours existé&nbsp;: il faudrait juste les reconnaître, mais sans pour autant favoriser des politiques d'immigration par branche, car cela reviendrait à organiser une  concurrence  entre  les  salariés  (qui,  sans  cela,  n'existerait  pas),  à  favoriser  leur déclassement. Il vaut mieux responsabiliser les donneurs d'ordre et mener une réflexion sur le
droit fondamental de la libre-circulation (sur le long terme).</p>


<p><strong>Ekedi </strong>&nbsp;:  instaurer  une  taxe  sur  les  travailleurs  qualifiés  pose  un  problème  d'équité  entre  les individus.</p>

<pre></pre>

<p><strong>E.M.M.</strong>&nbsp;: il ne s'agirait pas d'une taxe sur les individus, mais plutôt d'un prélèvement sur le pays d'accueil (plus qu'un prélèvement par tête).</p>


<p><strong>E.M.M.</strong>&nbsp;: il ne faut pas favoriser l'immigration des travailleurs non qualifiés, mais il ne faut pas non plus les contraindre par une plus grande sélection. Les statuts juridiques des immigrés ne reflètent pas leurs compétences&nbsp;: il y a un vrai travail à faire  là-dessus,  une  politique  active  de  reclassement  à  mener  (notamment  par  des équivalences de diplômes, suggère Florent).
Cela n'a jamais été aussi difficile qu'aujourd'hui pour les gens au sud du bassin méditerranéen de venir en France  (même pour seulement 3 semaines, même pour des chercheurs)&nbsp;:  la  libre circulation des compétences est  très  restreinte, ce qui est en complète contradiction avec  le concept d'"Union pour la Méditerranée".</p>



<p><strong>L’immigration  sélective  favorise  le déclassement.  Il  faut être  clair&nbsp;:  les gens ont  le droit de vivre là où ils veulent, si le pays d’accueil le permet légalement (droit à la circulation)&nbsp;; si on respecte  la démocratie (il  faut donc agir pour  la démocratie dans  les pays émetteurs), et si les économies convergent. Il faut relâcher la contrainte sur les non-qualifiés (de toute façon, les qualifiés viennent), mener une politique de requalification et de formation (via l’ANPE et surtout l’APEC), et homogénéiser les diplômes (par ex. via extension du LMD).</strong></p>



<p>Compte-rendu par Lucie Malbos et Romain Pigenel</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/26/150-que-penser-du-projet-de-reforme-du-cnrs">
  <title>Que penser du projet de réforme du CNRS ?</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/26/150-que-penser-du-projet-de-reforme-du-cnrs</link>
  <dc:date>2008-05-26T23:39:13+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Claire Lemercier</dc:creator>
  <dc:subject>Enseignement</dc:subject>
  <description>Nous avons, au CNRS, un avis sur ce que nous ne voulons pas, c'est sûr – maintenant, comprendre exactement ce que le gouvernement prépare n'est pas évident. On navigue de rumeur en rumeur depuis l'automne dernier, ce qui peut être une stratégie délibérée et/ou le produit d'indécisions réelles. La restructuration du CNRS en instituts peut apparaître comme une mesure technique. On a d'ailleurs espéré un moment que cela ne ferait "que" rajouter un échelon supplémentaire d'administration (justement, on en manquait), mais il semble que ce n'est pas ce qui se profile. En très gros, cette réforme précise pose pour ce que j'en comprends 2 problèmes principaux.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="/Blog/images/cnrs.jpg" alt="cnrs" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" />Nous avons, au CNRS, un avis sur ce que nous ne voulons pas, c'est sûr – maintenant, comprendre exactement ce que le gouvernement prépare n'est pas évident. On navigue de rumeur en rumeur depuis l'automne dernier, ce qui peut être une stratégie délibérée et/ou le produit d'indécisions réelles. La restructuration du CNRS en instituts peut apparaître comme une mesure technique. On a d'ailleurs espéré un moment que cela ne ferait "que" rajouter un échelon supplémentaire d'administration (justement, on en manquait), mais il semble que ce n'est pas ce qui se profile. En très gros, cette réforme précise pose pour ce que j'en comprends 2 problèmes principaux.</p> <p>Tout d’abord, le CNRS se désengagerait de certains domaines, en commençant par les sciences de la vie et l'informatique, dorénavant coordonnés par l'INRA, l'INSERM et l'INRIA (selon le principe qu'on ne veut voir qu'une seule tête par domaine). Ce qui serait grave, car l'INRA, l'INSERM et l'INRIA font de très bonnes recherches, mais leurs buts sont plus restreints et plus délibérément appliqués. D'où disparition de pans entiers, plus fondamentaux, actuellement permis par le rattachement CNRS. Pour l'instant, les sciences humaines et sociales ne font pas explicitement partie de la charrette (elles auraient un Institut CNRS) mais leur avenir, plus généralement, sent le roussi.</p>


<p>Ensuite, la bataille actuelle porte sur la question de <a href="http://www.sncs.fr/IMG/pdf/SNCSHEBDO08no10.pdf" hreflang="fr">savoir qui nommerait les directeurs de ces Instituts, et qui définirait leur politique scientifique</a>. Le CNRS actuellement, avec tous ses défauts (usine à gaz, pour faire bref), comprend bon nombre d'instances nommées ou élues "en interne" dans la communauté scientifique. Ce que viennent de confirmer <strong>Valérie Pécresse</strong> et <strong>Nicolas Sarkozy</strong>, c'est que les directeurs d'Instituts dépendraient assez directement du gouvernement, et leur politique scientifique aussi. Ceci dans la lignée de <a href="http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1868" hreflang="fr">toutes les réformes précédentes</a> (ANR notamment), et au mépris des pratiques standard dans tous les autres grands pays de recherche. Il ne s'agit pas pour moi/nous, en s'opposant à ça, de dire que le politique n'a rien à dire sur la recherche (ou les citoyens, d'ailleurs)&nbsp;; mais il y a déjà beaucoup de façons pour lui d'intervenir (notamment l'<a href="http://www.senat.fr/opecst/index.html" hreflang="fr">Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques</a>, qui fait plutôt du bon boulot). Il faudrait juste que le politique se borne à dire des choses très générales (du genre "ça serait bien de soigner la maladie d'Alzheimer"). Or là ce qu'on a de plus en plus, c'est des financement tellement ciblés qu'ils disent ce qu'il faut trouver, quand et comment. Ce qui, bizarrement, n'est pas une très bonne façon de faire de la recherche.</p>


<p>A tout cela s'ajoute le problème de la méthode&nbsp;: on est censés être en pleine concertation sur les Instituts, les laboratoires font remonter des contributions, et tout d’un coup, la ministre et le président annoncent ce qu'ils ont déjà décidé. Un administrateur du CNRS, qui n’était pas au courant, a hautement protesté.</p>


<p>Pour finir, rappelons le contexte général&nbsp;: baisse du nombre de postes, idée qu'un bon poste est un CDD le plus court possible, dénigrement généralisé et en général infondé des chercheurs français, etc. Bref, on sent que ça va être la fin. De façon indicative, dans mon département CNRS (histoire moderne et contemporaine), qui n'est pas exceptionnel sur ce plan, 60% des titulaires partent en retraite d'ici 6 ou 7 ans. Ils ne seront pas remplacés. Pas besoin de faire beaucoup plus pour tuer tout...</p>


<p>Par conséquent, en un mot comme en cent&nbsp;: <a href="http://academicpride.fr.nf/" hreflang="fr">venez nombreux à l'Academic pride</a>, demain 14H30 devant la MSH boulevard Raspail à Paris, et dans plusieurs villes de province&nbsp;!</p>


<p>Claire Lemercier</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/21/146-compte-rendu-de-la-rencontre-de-jean-jaures-n1-mai-68-et-la-gauche-que-reste-t-il-de-leurs-amours">
  <title>Compte-rendu de la Rencontre de Jean Jaurès n°1 - Mai 68 et la gauche : que reste-t-il de leurs amours ?</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/21/146-compte-rendu-de-la-rencontre-de-jean-jaures-n1-mai-68-et-la-gauche-que-reste-t-il-de-leurs-amours</link>
  <dc:date>2008-05-21T23:56:38+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Lucas Demurger</dc:creator>
  <dc:subject>Vie de la section PS ENS</dc:subject>
  <description>Mercredi 14 mai dernier avait lieu à l'ENS Ulm le premier opus des Rencontres de Jean Jaurès, conférences-débats organisées par la section PS de Normale Sup pour faire dialoguer responsables du Parti socialiste et "experts" de la société civile. Cette soirée fut l'occasion de mener une réflexion collective sur le lien réel entre le mouvement de mai 68 et la gauche gouvernementale - Parti socialiste en premier lieu - après les événements et jusqu'à aujourd'hui. Vous trouverez ici le résumé des discussions, avec Laurent Baumel, Alain Bergounioux et Hélène Hatzfeld.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="/Blog/images/MAI68_01.jpg" alt="x" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" />Mercredi 14 mai dernier avait lieu à l'ENS Ulm le premier opus des Rencontres de Jean Jaurès, conférences-débats organisées par la section PS de Normale Sup pour faire dialoguer responsables du Parti socialiste et "experts" de la société civile. Cette soirée fut l'occasion de mener une réflexion collective sur le lien réel entre le mouvement de mai 68 et la gauche gouvernementale - Parti socialiste en premier lieu - après les événements et jusqu'à aujourd'hui. Vous trouverez ici le résumé des discussions, avec <strong>Laurent Baumel</strong>, <strong>Alain Bergounioux</strong> et <strong>Hélène Hatzfeld</strong>.</p> <p>Brève introduction de la séance par <strong>Romain Pigenel</strong>&nbsp;: quel héritage la gauche «&nbsp;institutionnelle » (le PS) a-t-elle retenu du mouvement de Mai 68 et des expérimentations sociales et politiques de l’après-Mai&nbsp;? Un mouvement de fond, à droite comme à gauche, dans les milieux dits intellectuels, critique avec vigueur, depuis quelques années, Mai 68 et son héritage supposé, assimilés à plusieurs mots d’ordre, slogans frappants et idées-forces. Lors de la dernière campagne présidentielle, le candidat <strong>Nicolas Sarkozy</strong> s’est saisi, sans complexes aucuns, de cette critique, pour faire de 68 le foyer de tous les maux actuels, réels ou fantasmés, dont souffrent ou souffriraient la France et les Français (laxisme, apologie des loisirs – voire de l’oisiveté – contre le travail, perte des repères,…)&nbsp;: la ligne de partage des eaux entre une époque bénie et la décadence. Cette équation simple et simpliste – gauche = Mai 68 = laxisme, hypocrisie et déclin – <strong>Nicolas Sarkozy</strong> semble avoir réussi, le temps d’une campagne, à l’imposer dans les esprits d’une partie des électeurs et des commentateurs. Pourtant, la réalité historique est, comme toujours, plus complexe, et emprunte des chemins de traverse. Ainsi, <strong>Ségolène Royal</strong> a-t-elle elle-même repris et revendiqué une part de l’héritage de Mai (la démocratie participative), tout en insistant sur certaines limites de ce même héritage (l’ordre juste).</p>


<p>La question est donc posée&nbsp;: aussi compliqué soit-il, l’héritage de Mai 68 peut-il ne pas être seulement «&nbsp;impossible » (<strong>Jean-Pierre Le Goff</strong>)&nbsp;?</p>


<p><ins>Présentation des intervenants</ins></p>


<p><strong>Hélène Hatzfeld</strong>, historienne, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, chargé de mission auprès du Ministère de la Culture&nbsp;; auteur de <em>Faire de la politique autrement. Les expériences inachevées des années 1970</em> (Presses universitaires de Rennes, Adels, Rennes, 2005) et de «&nbsp;Les habits étroits de l’Union de la gauche », contribution à l’ouvrage collectif <em>68, une histoire collective (1962-1981)</em>, sous la direction de <strong>Philippe Artières</strong> et de <strong>Michelle Zancarini-Fournel</strong> (La Découverte, 2008)&nbsp;; auteur également de «&nbsp;Une révolution culturelle du Parti socialiste dans les années 1970&nbsp;? » publié dans le numéro 96 «&nbsp;Le PS&nbsp;: nouvelles approches » (avril 2007) de la revue Vingtième siècle. Pose la question de l’évolution parallèle des partis politiques et du processus démocratique en France dans les années 1970.</p>


<p><strong>Alain Bergounioux</strong>, secrétaire national aux Etudes du Parti socialiste, président de l’Office universitaire de Recherche socialiste (OURS)&nbsp;; historien, il est l’auteur, avec <strong>Gérard Grunberg</strong>, de <em>L’ambition et le remords. Les socialistes français et le pouvoir</em> (Fayard, 2005). (Pour l’anecdote&nbsp;: fondateur de la section socialiste de l’ENS en 1971.) Il est également le principal maître d’œuvre de la nouvelle déclaration de principes du PS.</p>


<p><strong>Laurent Baumel</strong>, délégué national aux Etudes du Parti socialiste, essayiste, auteur de <em>L’Année zéro de la gauche</em> avec <strong>Laurent Bouvet</strong> (Michalon, 2003), de <em>Fragments d’un discours réformiste. Contribution au renouveau doctrinaire de la gauche française</em> (L’Aube, 2006) et de <em>Rénover le Parti socialiste – un défi impossible ?</em> (Bruno Leprince, 2007).</p>


<p><br />***</p>


<p><strong>Hélène Hatzfeld</strong>. Il est difficile d’isoler Mai 68 des mouvements qui le précèdent et le suivent. L’événement a bien sûr des effets sur la gauche française en général, et sur le Parti socialiste en particulier. Mais il faut le replacer dans le contexte plus large du jeu des forces politiques existantes à l’époque. Le PCF domine la gauche&nbsp;; la SFIO est en crise. Plusieurs tentatives de recomposition, à l’intérieur et à l’extérieur du vieux parti socialiste, sont menées&nbsp;: les clubs (CERES, Club Jean Moulin,…). Le contexte international est celui de la Guerre froide, des luttes de libération nationale, et du reflux du «&nbsp;socialisme réel ». Voilà pour le cadre général.<img src="/Blog/images/MAI68_02.jpg" alt="x" style="float:left; margin: 0 1em 1em 0;" />
Un ensemble de pratiques et rapports à la politique et à l’Etat très spécifiques. Double emprise, double héritage revendiqué et structurant&nbsp;: les révolutions françaises d’une part (89, 48, 71), et le marxisme d’autre part. Définition d’une épistémè. Les questions d’apport, de diffusion et d’héritage du mouvement de Mai sont à penser dans cette configuration historique et intellectuelle.</p>


<p>«&nbsp;Sous les pavés, la plage&nbsp;! » Certes, mais qu’y a-t-il sous la plage&nbsp;? Pas seulement les emblèmes et les slogans (rêves, discours) archi-connus. Des «&nbsp;plaques terrestres » qui bougent, se chevauchent, se recouvrent.</p>


<p>Mai 68&nbsp;: d’abord un processus de légitimation d’idées et d’aspirations. «&nbsp;Changer la vie et le pouvoir »&nbsp;: le PS s’inscrit dans la continuité de ces aspirations (ce qui n’était pas le cas de la vieille SFIO).
Le socialisme, c’est l’ambition («&nbsp;c’est possible ») contre les remords et les arguties dilatoires. Le programme de 1972 entend ainsi «&nbsp;changer la vie » et «&nbsp;changer leur vie » (celle des classes populaires).
Le programme commun de gouvernement va dans le même sens&nbsp;: «&nbsp;Vivre mieux » et «&nbsp;Vivre autrement ». Le PS montre ainsi son intérêt pour ces nouveaux thèmes qui ont émergé à la suite du mouvement de Mai, et qui sont pleinement reconnus et assumés après la rupture de l’Union de la gauche en 1977. Jusqu’en 1981. Grande activité intellectuelle au sein ou dans la mouvance du PS&nbsp;: mouvements, brochures, livres, ouvrages collectifs, rencontres, colloques. Moment d’effervescence et de recomposition de la gauche socialiste. A l’inverse, le projet socialiste de 1980, promettant de rompre avec le capitalisme en 100 jours, ne reprend pas ces thématiques.
Exemples de thématiques nouvelles au sein du PS&nbsp;: les luttes féministes, les progrès des droits des femmes. Publication du Manifeste pour le droit des femmes. Contre la domination patriarcale.
Un regard différent sur la question du nucléaire&nbsp;: crescendo anti-nucléaire, abandonné après la victoire de 1981 (continuation de la stratégie gaulliste de dissuasion nucléaire).
L’autogestion.</p>


<p>Il y a la plage, mais il y aussi les pavés&nbsp;: les «&nbsp;digues », les pesanteurs et les résistances au mouvement de Mai et à ses suites.
La reprise des thématiques portées par Mai est sélective et cadrée par le PS. Le «&nbsp;politiquement correct » de l’Union de la gauche pèse sur la réflexion idéologique. Principal objectif du parti&nbsp;: remporter les élections.
Par ailleurs, le PS a ses propres conceptions politiques et organisationnelles. Primat marxiste&nbsp;: ligne officielle du parti. C’est la question des «&nbsp;cadres de vie » qui occupe les grands débats de l’époque. Il faut «&nbsp;changer le cadre de vie » des individus, y compris dans l’entreprise. Or, le PS raisonne encore en termes de nationalisation et de planification.
Donc, le PS ne fait pas sa «&nbsp;révolution culturelle », et ne tient pas vraiment compte, ou seulement en surface, de ces questionnements nouveaux. Avant et après 68, la critique de la démocratie représentative (exclusive) est davantage portée et menée par <strong>Pierre Mendès France</strong> et le club Jean Moulin que par le PS. De même, les mouvements sociaux et les grèves remettent en cause le principe de délégation&nbsp;; parallèlement, la «&nbsp;société civile » et les associations émergent de façon plus décisive.
Les expériences de commissions extra-municipales rassemblent surtout des anciens du PSU ou des GAM (Groupes d’Action municipale), comme <strong>Hubert Dubedout</strong> à Grenoble. Expériences participatives&nbsp;: démocratiser les institutions en créant des assemblées réunissant les citoyens concernés. Pour le PS, ces expériences sont au mieux un remède aux dysfonctionnements de la démocratie représentative&nbsp;: accompagnement et correction. Quant à l’autogestion, présente dans la réflexion du parti dès 1972, elle n’y occupe qu’une place restreinte. Les «&nbsp;15 thèses pour l’autogestion » de 1975 ne constituent pas un texte de référence. L’autogestion correspond à la phase du socialisme accompli, horizon qui ne sera atteint que longtemps après la prise du pouvoir. Finalité de la société socialiste.</p>


<p>La conception que les cadres et les militants ont du PS évolue. La nouveauté&nbsp;: revendication de la pluralité des expressions au sein du parti. Mais toujours la prérogative du parti dans l’élaboration du politique sur le mouvement social. Pas de reconnaissance de la prééminence des forces du social. De même, la participation des associations et de la «&nbsp;société civile » dans l’élaboration du politique est envisagée avec circonspection. Hiérarchisation&nbsp;: le politique prime l’économique et le social. Dans la vision qu’en a le PS, le social est «&nbsp;terne », «&nbsp;instable », «&nbsp;parcellaire »&nbsp;; au contraire, pour la CFDT et les associations, il est source d’avenir. Le PS reste fidèle à la conception léniniste du politique comme conscience globale façonnée par le parti – contre une appréhension parcellaire et sectorielle de la réalité sociale. Il n’y a donc pas de véritable redéfinition des rapports démocratie/parti/mouvement social.</p>


<p>Conclusion&nbsp;: Le PS a attiré beaucoup de militants après 68. Mais la stratégie d’accession rapide au pouvoir l’emporte sur la rénovation idéologique. Le PS reste donc à l’écart du mouvement global qui entend «&nbsp;faire de la politique autrement ». Il n’a pas pris le risque d’une «&nbsp;révolution culturelle ».</p>


<p><br />***</p>


<p><strong>Alain Bergounioux</strong>. Caricature de Mai 68, à droite comme dans toute une partie de la gauche&nbsp;: Mai 68 comme poussée irréversible d’individualisme et d’hédonisme. Critique grotesque&nbsp;: l’individualisme «&nbsp;progresse » depuis le XVIe siècle (<strong>Lucien Febvre</strong>).
Quelques points à prendre compte&nbsp;:
1.	1968&nbsp;: vague internationale de contestation, ce qui relativise et spécifie à la fois le mouvement français&nbsp;;
2.	critique de l’autorité et des autorités&nbsp;: exigence de démocratie, de prise de parole. L’autogestion est un bon résumé de cette revendication&nbsp;: les individus veulent peser et influer là où ils sont (usine, école,…).
3.	A partir des années 1978-1979, c’est la question économique qui prime (conséquence de la crise économique). La crédibilité économique des programmes politiques devient un enjeu décisif (alors que 68 avait évacué cette dimension).
4.	Mai 68 est en grande partie un mouvement de jeunes&nbsp;: effet de génération, d’où son influence dans la longue durée.
<img src="/Blog/images/MAI68_03.jpg" alt="x" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" />
Avant et pendant 68, la gauche est désunie&nbsp;; le mouvement défie la gauche «&nbsp;institutionnelle ». Incompréhension du PCF, de la SFIO, de la FGDS&nbsp;; <strong>Mitterrand</strong> dénonce le «&nbsp;poujadisme » des révoltés du Quartier latin. En revanche, le PSU, proche de la CFDT, a anticipé le mouvement. Le colloque de Grenoble du PSU prône la décentralisation.
Les vrais acteurs de 68, ce sont les syndicats (CGT, CFDT). Certes, les accords de Grenelle sont un échec, mais la CGT et la CFDT y ont joué un rôle considérable. La France est le seul pays, avec l’Italie, où il y a eu jonction entre le mouvement étudiant et le mouvement social et ouvrier.
Le PCF, lui, est toujours dans un schéma de type Front populaire. On ne s’en rend pas compte aujourd’hui, mais 1968 n’est pas très éloigné, chronologiquement, de 1936&nbsp;: modèle qui pèse toujours à l’époque.
Jusqu’au 24 mai, <strong>Mitterrand</strong> privilégie la solution parlementaire&nbsp;: c’est l’échec. Se pose alors la question du pouvoir&nbsp;: de Gaulle est-il en mesure de continuer à l’assurer&nbsp;? <strong>Mitterrand</strong> se déclare disponible&nbsp;: son intervention sera très critiquée, à droite comme à gauche.
Donc, globalement, la gauche de gouvernement, PCF compris, prône une solution institutionnelle. Sauf le PSU, mais dont l’échec à créer un nouveau grand parti entre la SFIO et l’extrême gauche est patent à partir de 1971 et du congrès d’Epinay.</p>


<p>Il n’y a pas de débouchés politiques de Mai 68 dans ses différentes composantes. A partir de 1971-1972, c’est la gauche institutionnelle, avec le PS refondé, qui gagne du terrain et réactualise le modèle de type Front populaire – nationalisations et démocratisation classiques – autour de l’Union de la Gauche. Ce modèle l’emporte nettement. Le PS cristallise l’aspiration au changement (aspiration également incarnée, à droite et au centre, et dans différents domaines, par <strong>Valéry Giscard d’Estaing</strong>, <strong>Jacques Chaban-Delmas</strong> – qui prône la contractualisation – et <strong>Jean-Jacques Servan-Schreiber</strong> – le dernier avec moins de succès que les deux premiers).
Grande faute du PC&nbsp;: raidissement après Mai 68. Les dirigeants communistes privilégient les accords traditionnels avec les socialistes.
Par conséquent, le PS représente certes un débouché militant et électoral, mais qui filtre et cadre le mouvement. Héritage de l’humanisme républicain&nbsp;: extension du champ des libertés&nbsp;: Droits de l’Homme, Radios Libres, etc. 1977&nbsp;: publication de l’ouvrage Libertés (<strong>Robert Badinter</strong>), qui articule les libertés individuelles, collectives et culturelles.
Le PS défend la démocratisation de l’entreprise (ce qui n’était pas le cas de la SFIO ni de la CIR) – ce qui aboutit aux lois Auroux de 1982 (obligation annuelle des patrons de négocier avec les syndicats, etc).
Mais pas de modification du cœur de la pensée et de la vision socialistes. Programme de 1980&nbsp;: «&nbsp;rupture avec le capitalisme »&nbsp;; confiance inébranlable dans l’Etat national, dans les services publics. D’autant plus dans un contexte de luttes de pouvoir au sein du PS&nbsp;: en 1974-1975, lors des Assises du Socialisme, une majorité de militants du PSU, emmenés par <strong>Michel Rocard</strong>, adhère au PS. Développement de nouvelles thématiques&nbsp;: critique de l’Etat, opposition des deux gauches, le contrat plutôt que la loi,…). Problème des deux cultures de la gauche (<strong>Rocard</strong>)&nbsp;: face-à-face, puis confrontation <strong>Mitterrand/Rocard</strong>. Raidissement de la direction du PS. Défense de l’Etat national et des transformations structurelles contre la contractualisation rocardienne. <strong>Jean-Pierre Chevènement</strong> dénonce la «&nbsp;gauche américaine » (<strong>Rocard</strong>) et l’abandon des ambitions révolutionnaires. Conflit culturel.
Objectifs de <strong>Mitterrand</strong> (et <strong>Deferre</strong> avant lui, en 1969)&nbsp;: arriver au pouvoir, remporter l’élection présidentielle. Les institutions de la Ve République sont donc adoptées dans les faits par <strong>Mitterrand</strong> (contre <strong>Mendès France</strong>). On est très loin de l’ «&nbsp;esprit de Mai 68 ».</p>



<p>Conclusion&nbsp;: Donc, pour résumer&nbsp;: deux visions du changement social&nbsp;:
1.	par l’Etat&nbsp;;
2.	par la contractualisation et la «&nbsp;société civile ».</p>


<p>1981 réalise la synthèse des deux tendances. Mais, le cœur de la démarche n’est pas modifié. Pas vraiment d’autres possibilités, de toutes façons&nbsp;: le socialisme utopique n’offre pas de débouchés, ni de solutions politiques satisfaisantes.
Mai 68 n’aura été qu’un «&nbsp;ruisselet » qui aura coulé sur la gauche française. 1968 a certes contribué à la victoire de 1981 – mais pas de véritable synthèse culturelle durable. Synthèse qui n’a toujours pas été réalisée. La nouvelle déclaration de principes du PS essaie d’aller dans ce sens, en articulant «&nbsp;libération de la personne humaine » et «&nbsp;libération de l’individu »…</p>


<p><br />***</p>


<p><strong>Laurent Baumel</strong>. Intervention qui n’entend pas se situer sur le terrain historique. Privilégie la synchronie. Exigence d’un «&nbsp;droit d’inventaire » sur Mai 68&nbsp;: le PS doit-il – peut-il – se reconnaître dans le mouvement de Mai, et s’en revendiquer&nbsp;? Question des rapports entre l’individu et la société&nbsp;: voilà l’enjeu.</p>


<p><strong>Baumel</strong>&nbsp;: une quarantaine d’années&nbsp;: donc pas de rapport affectif et épidermique à 68. Jeunesse historique moins «&nbsp;intéressante »&nbsp;: grèves de décembre 1986, congrès de Rennes… Ce n’est pas qu’un détail&nbsp;: dans les célébrations de Mai, il y a aussi – surtout&nbsp;? – un enjeu générationnel. Domination générationnelle – matérielle et symbolique – des acteurs de Mai. Nous devons donc, nous, jeunes socialistes – et jeunes générations en général – adopter un détachement «&nbsp;laïque » à l’égard de l’événement. Refus de l’intériorisation commémorative. Le PS n’a pas de complexes à avoir sur cette question-là.</p>


<p>Qu’est-ce que Mai 68&nbsp;?
1.	Un mouvement social de grande importance&nbsp;: grande grève, accords de Grenelle (on l’oublie trop souvent dans les actuelles commémorations). Brique supplémentaire à la construction de Etat-providence en France. Héritage revendiqué. Paradoxe de Mai&nbsp;: une rhétorique révolutionnaire pour des débouchés réformistes. Aujourd’hui, il s’agit de faire avancer la cause des salariés d’une autre façon que la grève.
2.	Question des mœurs&nbsp;: libération et transformation de la société.
3.	Poussée d’individualisme.</p>


<p>Bilan ambivalent&nbsp;:
1.	Des éléments de l’ «&nbsp;ancienne société » perdurent. Des libertés encore à conquérir. Exemple du voile à l’école&nbsp;: enjeu compliqué&nbsp;: les anciens gauchistes de Mai se sont divisés sur cette question. Au nom de Mai, on peut combattre farouchement le voile à l’école – anticléricalisme, féminisme, laïcité – et le défendre – tolérance et respect de l’Autre et de ses convictions, multiculturalisme,… Il faut donc déplacer le curseur, et sortir des cadres anciens.
2.	Question de l’autorité – à l’école par exemple. Mai 68 a prôné la liberté contre l’autorité, les droits contre les devoirs. Mais la responsabilité de la gauche, aujourd’hui, est justement de rappeler que s’il y a des droits, c’est parce qu’il y a des devoirs, et vice versa. De même, la liberté n’est pas la licence, ni la jungle. <strong>Baumel</strong> raconte l’exemple d’une Conseillère principale d’éducation du collège de la petite ville de province dont il est maire&nbsp;: perte d’autorité des adultes à l’école. Le PS ne doit pas se couper, au nom d’un dogmatisme soixante-huitard caricatural, de ces réalités et de ces citoyens-là.
3.	Mai 68&nbsp;: épisode typiquement français, à replacer dans l’histoire des «&nbsp;fièvres hexagonales » (<strong>Michel Winock</strong>). On singe la Grande Révolution, on rejoue sa téléologie, de 1789 à 1917, en passant par 1848 et 1871. Au fond, célébrer 68, aujourd’hui, c’est célébrer un événement faux, une imitation, un ersatz – une nostalgie. La France intellectuelle se rend un hommage à elle-même. Célébration d’une identité collective. Pose la question de la France – comme nation, comme identité et comme Histoire.</p>


<p><img src="/Blog/images/MAI68_04.jpg" alt="x" style="float:left; margin: 0 1em 1em 0;" />Désir d’utopie&nbsp;: aujourd’hui, il s’agit de charger la gauche d’une dimension utopique, d’une part de rêve, contre la seule et triste alternance entre le centre-gauche et le centre-droit. Une impasse à éviter&nbsp;: une radicalité enfermée dans l’infantilisme commémorateur. Enjeu fondamental&nbsp;: comment réinvestir la force utopique et révolutionnaire dans le réformisme&nbsp;? Défense d’un «&nbsp;réformisme radical ». Cf. les travaux du sociologue <strong>Jean-Pierre Le Goff</strong>. La commémoration empêche ce travail de réflexion à gauche. Donc un constat nuancé.</p>


<p><br />***</p>


<p><ins>Débat avec la salle.</ins></p>


<p><ins>1ère question</ins>&nbsp;: Oubli du mouvement social dans les commémorations&nbsp;: également un échec. Or, l’ «&nbsp;esprit de Mai 68 », ce n’est pas Grenelle, mais l’anticonsumérisme et l’anticapitalisme. Ouvriers très hostiles à Grenelle. Récupération scandaleuse de Mai 68 par ses anciens acteurs embourgeoisés&nbsp;!</p>


<p><strong>Hélène Hatzfeld</strong>&nbsp;: Importance du mouvement social, sur lequel surfe le PSU, et non le PS. Grand mouvement ouvrier&nbsp;; base ouvrière et étudiants. «&nbsp;Révolution silencieuse »&nbsp;: celle du «&nbsp;cadre de vie ».</p>


<p><ins>2ème question</ins>&nbsp;: Véritable importance de Mai 68&nbsp;? Après tout, commence comme un mouvement potache&nbsp;! Surévaluation&nbsp;?</p>


<p><strong>Alain Bergounioux</strong>&nbsp;: Clairement&nbsp;: Non&nbsp;! Importance du contexte mondial&nbsp;; importance aussi de la violence de la société de l’époque qu’on n’imagine pas aujourd’hui. «&nbsp;Brutalisation » des mœurs politiques par la Seconde Guerre mondiale. Donc, une mobilisation profonde. Une triple crise, culturelle, politique et sociale.
Aujourd’hui, nous vivons une «&nbsp;période défensive » pour la gauche&nbsp;; Mai 68 correspond à une «&nbsp;période offensive ». Comment réinjecter de l’utopie dans la réforme&nbsp;? Oui, c’est la question&nbsp;! Période difficile de reconfiguration de l’Etat social. Des questions importantes portées par le PS&nbsp;: le temps de travail et la défense d’une vie qui ne soit pas entièrement réduite au travail, la CMU.
Confiscation de la célébration de Mai, c’est certain. Le PS devrait se montrer davantage dans ces débats, d’autant plus que la polarisation caricaturale anti-68 opérée par <strong>Sarkozy</strong> a eu un certain succès. Le PS doit être plus présent, plus combatif.</p>


<p><strong>Laurent Baumel</strong>&nbsp;: Intuition pas totalement fausse. Mais, ne pas oublier que la génération de 68 est très politique et très politisée. Radicalisation sincère. Cf. la figure de <strong>Michel Recanati</strong>. Désillusion. Expérience lourde pour les anciens gauchistes&nbsp;: dépressions, suicides (pas tous, bien sûr&nbsp;! Pas les «&nbsp;stars médiatiques » !). Heureusement, la dérive terroriste n’a pas eu lieu en France, contrairement à l’Allemagne et l’Italie (thème développé par <strong>Henri Weber</strong>). Donc, Mai 68 n’est pas qu’un événement ludique et joyeux.</p>


<p><ins>3ème question</ins>&nbsp;: Comment, nous socialistes, pouvons-nous évaluer 68&nbsp;? Un isolat sans prolongements (si ce n’est des réseaux)&nbsp;? Cf. les travaux des sociologues <strong>Boltanski</strong> et <strong>Capello</strong> sur le «&nbsp;nouvel esprit du capitalisme ». Transformation du pouvoir au sein de l’entreprise. Héritage qui n’a pas été pris en compte au PS. Questions des rapports de domination au sein de l’entreprise, du militantisme d’entreprise.</p>


<p><strong>Alain Bergounioux</strong>&nbsp;: En 68, la gauche politique se reposait sur les syndicats pour la question sociale. Reprise insuffisante de ces thématiques-là au PS. Réflexion encore à mener. Les lois Auroux représentent la pointe avancée des socialistes sur ces questions. Contexte d’évolution des structures d’entreprise, qui sont désormais internationalisées, délocalisées, filialisées. La démocratie sociale est un point fondamental. Le gouvernement <strong>Jospin</strong> n’est pas allé assez loin. Un projet à construire autour des notions de démocratie sociale et de contractualisation des rapports en entreprise, et dans la société d’une manière générale.</p>


<p><strong>Laurent Baumel</strong>&nbsp;: Le travail de <strong>Boltanski</strong> et de <strong>Capello</strong> est très intéressant et très «&nbsp;dérangeant ». Dénonciation d’une ruse de l’Histoire&nbsp;: le capitalisme a récupéré le Mai 68 anticapitaliste&nbsp;! Cheval de Troie du libéralisme (c’est aussi la thèse de <strong>Régis Debray</strong>). La transformation des rapports individu/société passe par la transformation du capitalisme, et vice versa.
Par exemple, la reconnaissance de la singularité comme valeur en soi, prônée par 68, c’est aussi aujourd’hui le discours publicitaire tel que nous le subissons quotidiennement&nbsp;! L’entreprise contemporaine ne cherche pas des employés tous formés sur le même moule&nbsp;; bien au contraire, elle exige des salariés qu’ils aient des «&nbsp;projets professionnels » et des «&nbsp;projets de vie » (cf. les entretiens d’embauche). Rhétorique de la singularité et de l’authenticité&nbsp;: la publicité ne cherche pas uniformiser les individus, les consommateurs, bien au contraire elle les invite à se singulariser («&nbsp;Sois toi-même&nbsp;! »), parce qu’il ne s’agit pas seulement de vendre des biens de consommation, des stocks de produits, mais des marques, censées – faussement – individualiser le consommateur. A la limite, acheter une marque, c’est acheter une identité. Les individus sont aujourd’hui labellisés… Mystification.
C’est le même problème qui se pose à propos de l’égalité des chances&nbsp;: certes, nous sommes libres, mais il y a des pesanteurs sociales (reproduction sociale, discriminations,…), donc pas de réelle égalité des chances. Héritage compliqué à gauche.<img src="/Blog/images/MAI68_05.jpg" alt="x" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" /></p>


<p><strong>Alain Bergounioux</strong>&nbsp;: Désir de collectif dans la société. Individualisme contraint. Comment penser l’action collective&nbsp;? Défi intellectuel et politique pour la gauche. <strong>Sarkozy</strong> a bien ciblé la société des individus (atomisation)&nbsp;: «&nbsp;je m’adresse à toi en tant qu’individu ». Or, le fond du socialisme, c’est la théorie et la pratique de la citoyenneté, donc du lien collectif, de la participation de l’individu au collectif (contre le libéralisme économique). Expériences différentes et spécifiques en Allemagne, en Espagne et dans les pays scandinaves – mais à chaque fois, c’est la même base. Et <strong>Raymond Aron</strong> lui-même a diagnostiqué dans la crise de Mai 68 un désir de démocratie et de participation.</p>


<p><strong>Hélène Hatzfeld</strong>&nbsp;: Question des formes du vivre-ensemble. Chercher de nouvelles catégories. La CFDT, dans les années 70, expérimentent des catégories transversales – jeunes, femmes, ouvriers – plutôt que les clivages traditionnels – dominés/dominants.
Trouver de nouveaux points de rassemblement des individus dans la lutte.
<strong>Jacques Rancière</strong>&nbsp;: mise en cause des catégories de normes existantes&nbsp;; nécessité d’un écart par rapport à ces catégories et ces normes. Aujourd’hui, c’est la question de la «&nbsp;communauté » et du «&nbsp;communautarisme » qui cristallise toutes ces interrogations.</p>


<p><ins>4ème question</ins>&nbsp;: Mai 68 n’incarne un dévoiement ou une radicalisation négative de la pensée individualiste (où l’individu s’opposerait radicalement au collectif), mais invite à distinguer «&nbsp;être soi » et «&nbsp;être seul ». Rejet des structures traditionnelles, mais désir et revendication d’un collectif choisi. De toutes façons, l’individu est en partie construit par le collectif, qui lui-même est construit par les individus&nbsp;: c’est l’évidence, mais ça va mieux en le disant&nbsp;! Mouvement permanent.</p>


<p><strong>Laurent Baumel</strong>&nbsp;: En effet&nbsp;: importance de l’injonction à «&nbsp;être soi » et à se sentir responsable de son destin. Ne pas faire classe, etc. Mais nous ne devons pas faire l’impasse d’une réflexion sur les pesanteurs sociales et collectives qui agissent de façon décisive sur notre «&nbsp;destin ». Notamment, chacun de nous doit pouvoir réussir à expliquer ses échecs par autre chose que des déficiences individuelles. C’est un trait révélateur de ce début de XXIe siècle&nbsp;: se contenter de se regarder le nombril pour trouver une explication à nos actes, à nos réussites et surtout à nos échecs&nbsp;! Pas de complaisance à l’égard de soi-même&nbsp;! On ne déplore pas dans son coin – on agit dans le monde et collectivement&nbsp;! C’est le sens de la politique&nbsp;!</p>


<p><ins>5ème question</ins>&nbsp;: Le PS peut-il encore éviter la scission entre d’une part les «&nbsp;sociaux-démocrates » et d’autre part les «&nbsp;gauchistes » du parti&nbsp;? Situation qui devient invivable.</p>


<p><strong>Laurent Baumel</strong>&nbsp;: Question incontournable&nbsp;! Des branches entières du réformisme singent le gauchisme&nbsp;; des réformistes qui jouent aux révolutionnaires. Mais ce «&nbsp;gauchisme » reste minoritaire au sein du parti – même si toujours présent.</p>


<p><strong>Alain Bergounioux</strong>&nbsp;: Cf. colloque Socialisme et individu. Définition de l’individu comme «&nbsp;être social »&nbsp;: on n’invente pas la poudre, c’est certain, mais c’est la base&nbsp;!
Pas de révision doctrinale en cachette. Cadre réformiste choisi, assumé et tracé. Pas de retour à une économie administrée. Plus de remise en cause du capitalisme ni du marche en soi. Enjeu d’aujourd’hui&nbsp;? Donner du contenu à une «&nbsp;économie sociale et écologique de marche ». Par ailleurs, certes choix assumé du régime présidentiel, mais un choix critique&nbsp;: question démocratique essentielle dans notre société.</p>


<p><strong>Hélène Hatzfeld</strong>&nbsp;: Défis posés. Rapports entreprise/individu. Militantisme au sein du parti. Enjeu de la réadaptation de la forme partisane à la démocratie médiatique&nbsp;: enjeu de la démocratie participative. Traditionnellement et historiquement, un parti politique a deux objectifs, remplit deux fonctions&nbsp;: gagner des élections (être majoritaire), et jouer le rôle d’éveilleur politique et social (agiter le vivre-ensemble).</p>


<p>Conclusion de <strong>Romain Pigenel</strong>&nbsp;: En deux mots&nbsp;: Espoir et Défis&nbsp;!</p>


<p>Lucas Demurger</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/13/143-xxx">
  <title>Nouvelle déclaration de principes du PS : la lecture de la section PS de Normale Sup</title>
  <link>http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/05/13/143-xxx</link>
  <dc:date>2008-05-13T15:19:33+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Romain Pigenel</dc:creator>
  <dc:subject>Vie de la section PS ENS</dc:subject>
  <description>Dans une relative confidentialité médiatique, le Parti socialiste poursuit sa mue, ou du moins le toilettage et la mise à jour de ses textes, à commencer par sa déclaration de principes, qui fixe ses fondamentaux et cadre ses objectifs. Le nouveau texte sera soumis au vote des militants le 29 mai prochain, mais d'ici cette date, les sections et fédérations ont carte blanche pour proposer des modifications. Voici la lecture, et les amendements, que propose la section PS de l'ENS Ulm à la Fédération de Paris du PS.</description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="/Blog/images/030206_Constitution.jpg" alt="Constit" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" />Dans une relative confidentialité médiatique, le Parti socialiste poursuit sa mue, ou du moins le toilettage et la mise à jour de ses textes, à commencer par sa déclaration de principes, qui fixe ses fondamentaux et cadre ses objectifs. Le nouveau texte sera soumis au vote des militants le 29 mai prochain, mais d'ici cette date, les sections et fédérations ont carte blanche pour proposer des modifications. Voici la lecture, et les amendements, que propose la section PS de l'ENS Ulm à la Fédération de Paris du PS.</p> <p><strong>Projet de nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste - Mai 2008</strong></p>


<p>Nous, militants de la section PS de l’Ecole Normale Supérieure signataires de ce document, prenons acte du travail de mise à jour et d’approfondissement de la philosophie d’ensemble du Parti socialiste, dont témoigne le projet de nouvelle déclaration de principes qui sera soumis au vote des militants le 29 mai prochain. Si nous apprécions la prise en compte plus forte de problématiques ayant émergé depuis le texte de 1990, telle que la question de l’environnement, nous regrettons parfois les priorités et les ordres d’exposition qui ont été retenus dans le détail du nouveau texte, ainsi que sa hiérarchie générale, qui a tendance à noyer dans la masse certains éléments pourtant essentiels, à nos yeux, pour l’identité socialiste.</p>


<p>En particulier, la prise en compte insuffisante, voire l’absence de mention, de réalités contemporaines telles que la crise des banlieues ou la persistance d’un prolétariat d’autant plus exploité qu’il n’a plus ni la cohérence, ni la visibilité de la classe ouvrière, nous semblent être des défauts regrettables de cette déclaration de principes, qui pêche peut-être, dans son ensemble, par une vision trop lisse et gestionnaire d’une époque qui reste – malgré tout – habitée par de profondes tensions sociales.</p>


<p>Nous proposons en outre les amendements suivants à l’actuel projet&nbsp;:</p>



<p><strong>Dans le préambule</strong></p>



<p>(1) L’actuel préambule, en démultipliant l’héritage historique, ne nous semble pas assez bien cadrer ce que doit être l’horizon et la spécificité de notre parti. C’est pourquoi nous proposons de déplacer au début du préambule l’actuel article 20, plus synthétique&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em>Le Parti socialiste est un parti populaire ancré dans le monde du travail. Il est le produit des combats politiques et des luttes sociales menées tout au long des XIXème et XXème siècles. Il entend exprimer l’intérêt général du peuple français.</em> »</p>


<p>(2) Le texte en son ensemble ne traite pas assez de la question de la santé et de l’accès aux soins. Parallèlement, le préambule ne nous semble pas mettre assez en valeur les réalisations socialistes récentes dont nous pouvons être fiers. C’est pourquoi nous proposons de modifier la fin du premier alinéa de la manière suivante&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em>Il revendique le souvenir de 1848, de la Commune, l’héritage de la République et de son œuvre démocratique, des grandes conquêtes sociales du Front Populaire, de la Libération, de mai 1968, de mai 1981 et des gouvernements de gauche qui se sont succédés – des congés payés à la Couverture Maladie Universelle.</em> »</p>



<p><strong>Dans les finalités fondamentales</strong></p>



<p>(1) Dans l’article 6 (alinéa 3) sur les limites du secteur et des intérêts privés, nous pensons que les droits essentiels qui en tracent les frontières doivent être précisés&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em>Les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du seul fonctionnement du marché, quand ils concernent des droits essentiels, notamment à l’éducation, au logement, et à la santé.</em> »</p>


<p>(2) Nous regrettons que la question de l’éducation, essentielle à nos yeux, soit diluée dans différents points et articles, mais ne fasse pas l’objet d’un article en entier.</p>


<p>Nous préconisons donc l’ajout de l’article suivant, avant l’article 4 sur le progrès&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em>L’éducation est un enjeu fondamental pour les socialistes. L’Ecole de la République a été, est et sera toujours, à la fois, le ferment de l’émancipation individuelle, et la garantie du bon fonctionnement de la démocratie et de ses institutions. Les socialistes défendent donc fermement l’accès égal, garanti pour tous, à l’éducation, dès le plus jeune âge et jusqu’aux formations du supérieur.</em> »</p>



<p><strong>Dans Notre parti socialiste</strong></p>



<p>Principiellement et à plus forte raison dans le contexte actuel, il nous semble capital de rappeler l’attachement de notre parti au droit d’asile, et à ce qu’il représente par rapport aux valeurs de la République, opportunément rappelées dans le préambule. C’est pourquoi nous proposons de modifier l’article 19&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em>Le Parti socialiste est un parti internationaliste. Il condamne toutes les oppressions et exploitations dont sont victimes les hommes et les peuples, qu’elles qu’en soient les origines et les causes. Il défend par conséquent le droit d’asile et son application, tout en agissant pour le développement des pays du Sud.</em> »</p>



<p><strong>Les militants signataires</strong></p>



<p>ASSAF Laure, BERNARD Etienne, BUISSON Florent, DEMURGER Lucas, HEBERT Benjamin, LABRUNE Nicolas, LELOUP Juliette, LEMERCIER Claire, LEURENT Sébastien, MALBOS Lucie, MARTIN Emmanuel, MEYER Jérôme, PERRIERE Manon, PIGENEL Romain, RIBOLI-SASCO Livio, WILFERT-PORTAL Blaise</p>]]></content:encoded>
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